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DVD

LA TRILOGIE
DE L’ÎLE-AUX-COUDRES

de Pierre Perrault
Par Philippe CHAPUIS


Depuis belle enfance, je soupçonne les mots de craindre les voyelles, le forgeron de redouter l’enclume du petit matin, les romanciers de tout faire pour éviter la fin de la messe, l’archéologue d’effacer toutes traces de son passage, les sémiologues, effarés par le coin des rues, de privilégier les images et de repousser le quotidien dans les poubelles de l’Histoire, car il est confortable et rassurant de vivre dans une forêt de symboles bien rangés sur les rayons de sa bibliothèque où cultiver la poussière du temps qui passe, bien à l’abri des intempéries.

Mais on ne peut pas non plus toujours abandonner les fontaines à la virginité. Il faut bien, un jour, que quelque chose arrive qui précède la culture et l’alimente. Il faut parfois que la chose devance le mot. Que la réalité précède le mensonge. On ne peut pas passer sa vie à combattre, dans des légendes, les tigres en papier et les ombres chinoises. Et je cherchais désespérément à prendre pied dans ma propre vie, à sortir enfin du sentier battu de la Culture.

Alors que dire d’un peuple sans histoire, et par conséquent sans écriture, qui cherche à prendre pied dans le présent convoité par les marchands d’images et les fabricants de savon ? Voilà où j’en étais, avec plusieurs, au sortir de ce qu’on nomme, sans doute par dérision, les Humanités. J’avais en effet appris à vivre en lisant et aucune écriture apparemment considérable ne mentionnait ce fleuve orphelin et inexprimé qui pourtant cherchait à prendre place dans mes mirages et mes géographies. Je me sentais dépouillé d’un fleuve que personne ne revendiquait sauf les amateurs anglophones qui ne se donnent pas la peine d’aimer ce qu’ils se préoccupent d’exploiter.

Pourtant, ailleurs, ici et là, je rencontrais des hommes oubliés par les images, négligés par la littérature et qui, eux, apprenaient à vivre en vivant.


Pierre Perrault, De la parole aux actes, Editions de l’Hexagone, Montréal.


Dans un entretien filmé (DVD1 : Pierre Perrault, homme de parole, cinéaste du vécu), Perrault évoque son parcours de manière lumineuse. Il dit être venu au cinéma “ par le son ”, par le magnétophone ; ce qui l’intéresse, c’est avant tout, la capacité d’enregistrement du cinéma. Enregistrement de la parole, à dessein, dès le début, de constituer “ une mémoire ”. C’est l’un des sens possibles du titre : “ Pour la suite du monde ” : le film est destiné à “ ceux qui viendront après nous ” et disposeront ainsi d’une trace sensible, réelle du passé des gens. Et cette trace sera différente des discours savants, de l’Histoire passée à travers les filtres nombreux du pouvoir et de la culture ; elle constituera un matériau collecté avec intelligence et fidélité à la source.