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L’AVOCAT
DE LA TERREUR

de Barbet Schroeder
Par Philippe CHAPUIS

SYNOPSIS : Communiste, anticolonialiste et, pour finir fasciste ? Quelle conviction guide Jacques Vergès ? Barbet Schroeder mène l’enquête pour élucider ce "mystère". Au départ de la carrière de l’avocat énigmatique : la guerre d’Algérie et Djamila Bouhired, la pasionaria qui porte la volonté de libération de son peuple. Le jeune homme de loi épouse la cause puis la femme. Et disparaît huit ans sans donner d’adresse. A son retour, il défend les terroristes de tous horizons (Magdalena Kopp, Anis Naccache, Carlos) et des monstres historiques tels que Klaus Barbie. D’affaires sulfureuses en déflagrations terroristes, Barbet Schroeder suit les méandres empruntés par "l’avocat de la terreur", aux confins du politique et du judiciaire. Le cinéaste explore, questionne l’histoire du "terrorisme aveugle" et met à jour des connexions qui donnent le vertige.



Le dernier film de Barbet Schröder surprend par son caractère hybride. Il semble mû par deux désirs (en partie) contradictoires qui donnent au film sa dynamique interne et en font un objet tout à fait singulier. D’une part, le film fait mine de s’attaquer à une question qui taraude le public de Vergès depuis longtemps, celle de la cohérence de son parcours politique : “ Comment peut-on débuter en soutenant courageusement le FLN, prendre le parti des opprimés dans sa jeunesse et finir en défendant les plus sinistres tortionnaires - de Klaus Barbie aux dictateurs africains ? ”

Question simple et cependant inépuisable. L’autre fil conducteur, moins rigoureux, plus “ impressionniste ” et véritablement moteur dans la construction du film, tient à la fascination que le personnage de Vergès exerce sur le cinéaste et ce depuis sa jeunesse1.

Le film débute sous les auspices du documentaire classique, rigoureux dans l’utilisation des images de sources diverses - rares et impressionnantes images du massacre de Sétif en 1945, entretiens filmés et amples extraits de la Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo - qui mettent en scène Jacques Vergès dans une salle d’audience vide et, à la rencontre de ses souvenirs, dans la prison d’Alger. Cette première partie (qui dure un peu moins de trente minutes) est sans doute la plus forte du film car elle donne la parole à l’avocat tout en créant une forte empathie avec l’homme lui-même. La révolte de Vergès apparaît de manière limpide lorsqu’il évoque aujourd’hui le passé atroce de la colonisation dans lequel le film nous plonge à nouveau ; cette révolte apparaît alors comme la clef de son engagement. Puis, dès lors que l’on s’éloigne temporellement de la guerre d’Algérie, le film change peu à peu, insensiblement, de forme. Il n’aura pas la même approche ni la même rigueur dans la présentation des autres moments historiques évoqués au cours du récit : peu de détails sur le Cambodge, la manière d’évoquer le terrorisme des années 70 et notamment la Fraction Armée Rouge est plutôt confuse et la mention des dernières affaires plaidées par Vergès ne fait guère de cas du contexte politique et historique.