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33e FESTIVAL DU
CINEMA AMERICAIN
DE DEAUVILLE

Un bilan mitigé
Par Guillaume RICHARD

Pour cette 33ème édition du festival du cinéma américain de Deauville, les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands en invitant une grande partie du gratin hollywoodien. En effet, ce n’est pas moins que Brad Pitt, Georges Clooney, Matt Damon, Ben Affleck, Eva Mendes, Angelina Jolie ou encore Michael Douglas qui ont foulé les planches. Un parterre de star qui n’a rien à envier aux plus grands festivals –cet argument (rivaliser) fut sans nul doute le triste leitmotiv de ce festival. Mais dans les autres grandes manifestations, généralement, la qualité suit derrière le folklore, ce qui ne fut toujours pas le cas cette année à Deauville, malgré quelques films de bonne tenue. La grande faiblesse du festival réside dans cette idée superficielle de reconstituer une ambiance jet-set et hollywoodienne, de privilégier celle-ci à la diversité et à l’art cinématographique américain. En un mot, cette 33ème édition n’a fait que confirmer son propre statut : un festival où l’on rêve devant les étoiles du cinéma américain, tout en proposant quelques très bons films



La grosse déception provient de la compétition : pourquoi récompenser une brochette de films inutiles et souvent prétentieux ? La plupart de ces films sélectionnés n’avaient ni l’étoffe d’un film de cinéma, ni les qualités pour être projeté en salle. Seul le très beau film de Gina Kim, Never forever, sorte de Lady Chatterley contemporain, valait le déplacement. La cinéaste y est sincère et honnête, jamais elle ne va « tromper » le spectateur avec des rouages et des lourdeurs. Never Forever touche droit au cœur, sans prétention, et émeut grâce à son excellente actrice principale, la sublime et époustouflante Vera Farmiga. Les autres films de la compétion avaient plus l’allure d’un téléfilm du dimanche après-midi, et je n’exagère pas. Pourquoi les organisateurs ne privilégient-ils pas le vrai cinéma d’auteur, un vrai cinéma indépendant racontant quelque chose ? Trop choquant pour les trop tendres -et trop peu cinéphiles- spectateurs ? La peur des retombées négatives ? Pourtant, le festival y gagnerait, et prendrait par là une véritable dimension ainsi qu’un statut. Car, malheureusement, Deauville n’est que la vitrine des films déjà « connus », qui sont sûr d’avoir du succès ou une retombée médiatique. Alors pourquoi ne pas réformer la compétition en l’ouvrant au véritable cinéma de demain, et non à la bêtise ? Pourquoi ne pas diviser en plusieurs sections la compétition (DV, etc.) ?

Il y a quatre ans, les docs de l’oncle Sam furent créés dans le but de diversifier l’approche du cinéma américain. Autre belle démarche, cette année cette fois-ci, l’instauration des « Nuits américaines » : 24h sur 24 de cinéma mettant en lumière les films qui ont fait le cinéma américain. On a pu y voir, entre autre, l’extraordinaire The ghost and mrs Muir ainsi que des raretés de Fuller, Lang, Tashlin, Mccarey… Avouons le : les meilleurs films du festival, les plus neufs ( !) se trouvaient aux nuits américaines. Même si il s’agit de « vieux » films, la plupart d’entre eux frappent encore par leur modernité et leur puissance cinématographique. The gost and mrs Muir, c’est le cinéma de demain. Personnellement je suis frappé par l’amnésie du cinéma américain d’aujourd’hui (du moins celui projeté au festival). En effet, tous les films vus semblent avoir oublié ces chefs d’œuvres (du moins leur singularité, leur force…), je me suis même demandé si ce cinéma là ne faisait pas un retour en arrière puisque ils paraissent si petits face aux géants des années 40-50 projetés dans « l’autre festival ». Les pseudos cinéastes anonymes, alias le cinéaste fantôme, qui présentaient leurs films semblent ne plus connaître le cinéma, ni l’aimer. Ils font de l’a-cinéma, c’est-à-dire de la mise en image techniquement bonne mais c’est tout. Je n’arrive pas à comprendre comment ont peu présenter –et sélectionner…- des films aussi niais, inutile et sans respect pour le cinéma en tant qu’art.