Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

LIP
Lip, l’imagination au pouvoir
de Christian Rouaud
Fils de Lip
de Thomas Faverjon
Par Philippe CHAPUIS

« On sent qu’on fait quelque chose pour tous les travailleurs de France, puis peut-être du monde, ça va plus loin que ça…  »
Monique Piton, 1973



En août 1973, Carole Roussopoulos réalise un documentaire engagé sur le conflit qui oppose les ouvriers de LIP à leur nouvelle direction. Ce film montre la lutte du point de vue des salariés, il leur permet de s’exprimer sans limitation de durée, sans orienter les réponses aux questions posées, et filme les CRS qui les entourent depuis leurs rangs. Il donne notamment la parole à une ouvrière, Monique Piton, qui expose avec une clarté énergique sa vision du conflit.

Dans une séquence du film de Carole Roussopoulos reprise dans Fils de Lip, Monique Piton explique qu’il se passe à Lip des choses extraordinaires et que les gens eux-mêmes en sont étonnés. Libérés des contraintes hiérarchiques, considérés comme des individus à part entière et non pas seulement comme des exécutants, les salariés de LIP vivent alors une véritable métamorphose dont on peut penser qu’elle aurait pu être, si elle avait duré et s’était généralisée, le laboratoire d’un nouveau mode d’existence social. C’est essentiellement en cela que le conflit qui eut lieu à LIP entre 1973 et 1977 ne fut pas un conflit « comme les autres ».

Le souvenir que veulent conserver les militants (toutes tendances confondues) qui ont connu le conflit LIP, c’est une image conforme à celle que donne Christian Rouaud : quand les ouvriers s’unissent, tout devient possible. Aucun des conflits suivants n’eut la possibilité d’aller aussi loin dans l’expérimentation de l’autonomie individuelle au sein d’une organisation collective. Ce qui était à portée de main des LIP – et suivi avec un intérêt par l’Europe entière – c’était la possibilité de démontrer dans les faits que l’autogestion était une option viable économiquement et socialement. C’est précisément le caractère insupportable de cette « menace » - clairement perçue et vécue comme telle par l’élite économique et politique dirigeante – qui a scellé le sort de Lip. Il fallait « les punir, qu’ils soient chômeurs et qu’ils le restent ! » comme le raconte Jean Charbonnel, témoin privilégié des coulisses du pouvoir, citant ici Giscard d’Estaing. Le gouvernement de Jacques Chirac, au diapason des milieux d’affaires, et conformément au souhait de Giscard d’Estaing, a donc décidé sciemment de « faire un exemple » avec les LIP afin qu’il soit entendu à l’avenir pour tous les ouvriers menacés par les restructurations, que la lutte est inutile et que l’union ne suffit pas à faire la force.