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LIVRE

LES DEUX PREMIERS LIVRES DES EDITIONS CLAIRAC

José Benazeraf, la caméra irréductible de H.P. Mathese
Dark City. Le Monde perdu du film noir d’Evelyne Muller
Par Pascal Manuel HEU


Il est de bon ton de déplorer le marasme de l’édition en matière de cinéma. Ne "marcheraient" plus que les biographies de vedettes, aussi rapidement écrites que promues, vendues, puis oubliées, les "beaux livres" (combien sur Cannes ?), qui n’ont d’autre attrait que quelques belles photos (un peu toujours les mêmes toutefois), et les "digests" du type « les 50 plus grands films de l’histoire », « les 100 films les plus scandaleux », etc. Les guillemets s’imposent pour de tels "produits", parfois bien faits d’ailleurs, mais ne présentant guère d’intérêt pour le cinéphile. Quelques pôles de résistance à l’atonie du secteur demeurent, aux Cahiers du cinéma, en ce qui concerne les essais, à L’Harmattan, pour pallier la déficience des éditions universitaires, et à l’Association française de recherche en histoire du cinéma. Il faut néanmoins quelque courage pour lancer une nouvelle collection proposant des ouvrages à la fois séduisants dans leur forme (grand format, bien reliés, avec couvertures cartonnées, et richement illustrés) et audacieux dans leur contenu (par le choix soit de sujets peu traités, soit d’un traitement différent de sujets connus). Saluons la naissance, en province (Lot-et-Garonne), de la collection « Cinéfiles » (dirigée par Jean-Pierre Deloux), qui répond à cette ambition. Les éditions Clairac ont mis d’emblée la barre très haut, ne choisissant la facilité, en apparence, que par les genres auxquels rendent hommage les deux premiers titres, parus en février dernier. Le film noir et l’érotisme sont en effet les sujets les plus prisés et les plus à même d’assurer un succès d’édition. La collection « Cinéfiles » réussit tout de même à se démarquer d’une abondante bibliographie sur ces sujets grâce à plusieurs autres choix courageux, voire presque téméraires.

Commençons par Dark City. Le monde perdu du film noir. Après les classiques de Borde / Chaumeton et de Guérif, après les beaux ouvrages de Brion et de Simsolo, comment était-il possible de renouveler l’approche du film noir américain ? En donnant un point de vue américain, pardi ! Eddie Muller n’est pas tout à fait un inconnu en France, depuis un précédent ouvrage sur le film noir publié en 2003 chez Calman-Lévy. Toutefois, la majeure partie de son travail n’est pas parvenue jusqu’à nous. En cette année où Tarantino et Rodriguez ont réhabilité les films "Grindhouse", la publication en France des livres que leur a consacrés Miller (The Forbidden World of "Adults Only" Cinema et That’s Sexploitation !) serait bienvenue. Les traductions ne sont hélas pas monnaie courante dans l’édition cinématographique française. Nous en apprécions d’autant plus celle-ci, qui nous permet de nous familiariser avec une approche originale. N’excluant pas des opinions parfois surprenantes pour nous (sévérité envers Orson Welles, par exemple), elle privilégie les thèmes et lieux du film noir, comme l’indiquent les titres de chapitres (« The Precint – Le commissariat », « Shamus Flats – Le privé dans ses meubles », « Blind Alley – L’impasse », « Losers’ Lane – Allée des perdants », etc.) et un index très judicieux.