Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 




Le procédé du redoublage est utilisé de façon plus contestable lorsqu’il s’agit de mettre aux oubliettes une version française d’époque disponible, pour la remplacer par une nouvelle mouture. Certes, d’un côté on peut trouver positif que le redoublage donne du travail à des comédiens, mais de l’autre, cela lèse les anciens comédiens et adaptateurs du point de vue des droits d’auteurs. De plus, force est de constater que les redoublages sont pratiquement à chaque fois moins bons que les versions françaises d’origine. Cela tient à leur incapacité à restituer l’ambiance, le phrasé particulier à chaque époque. Le cinéphile qui a grandi, habitué à une certaine version française de tel film ne retrouvera plus les mêmes sensations en écoutant un redoublage. L’effet de nostalgie ne peut fonctionner pleinement. En témoignent notamment les redoublages datant des années 2000 de Winchester 73 (Anthony Mann, 1950), L’Exorciste (William Friedkin, 1973), La Tour infernale (John Guillermin, 1974), Les Dents de la mer (Steven Spielberg, 1975), Rencontres du troisième type (Steven Spielberg, 1977), Superman (Richard Donner, 1978), Evil Dead (Sam Raimi, 1982), Amadeus (Milos Forman, 1984).

On remarque surtout les changements de doublage lors des sorties de films en DVD. Le drame, c’est que les éditeurs ne signalent pratiquement jamais que la version française contenue dans le DVD est en réalité un redoublage. Universal étant, il faut le dire, très habitué à ces redoublages. Les éditeurs les justifient en affirmant que, pour que soit présente une bande son en Dolby 5.1, il faut refaire une version française parce que celle d’origine ne peut être suffisamment travaillée pour offrir un son optimal. Il y a aussi le cas des versions longues (films contenant des scènes inédites réintégrées au montage) sortant en DVD.

Parfois les éditeurs optent pour un redoublage total du film. C’est le cas pour les précités Rencontres du troisième type et Superman, mais aussi pour Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979), redoublé en 2001 à l’occasion de la sortie du nouveau montage sous le titre Apocalypse Now Redux. Mais d’autres fois, les éditeurs laissent intacte la version française d’origine, en se contentant de mettre des « rustines » (les scènes jusqu’alors inédites sont doublées par de nouveaux acteurs). Un exemple plutôt regrettable est celui de la version longue du fabuleux western Le Bon, la brute et le truand (Sergio Leone, 1966). Les voix de Jacques Deschamps, Claude Bertrand et Georges Atlas, doublant respectivement Clint Eastwood, Eli Wallach et Lee Van Cleef s’étant tues à jamais, elles sont remplacées par d’autres nettement moins convaincantes, le temps que se déroulent les passages inédits ! Dans la version longue de Pat Garrett et Billy le Kid (Sam Peckinpah, 1973), Jean-Pierre Duclos (voix de James Coburn dans le doublage d’époque), laissait la place à Marc Alfos, le temps des quelques séquences nouvellement doublées. En vérité, au lieu de procéder à des « rustines » pour les versions longues en DVD, mieux vaudrait peut-être ne pas toucher à la version française d’origine, et laisser les passages inédits en VO sous-titrées, comme il en fut décidé pour le nouveau montage de Major Dundee (Sam Peckinpah, 1965).