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FESTIVAL DE DINARD

THIS IS ENGLAND

de Shane Meadows
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : 1983. Shaun, 12 ans, habite avec sa mère dans une ville côtière du nord de l’Angleterre. Garçon solitaire, c’est pour lui le début des vacances d’été, lorsqu’il rencontre un groupe de skinheads locaux. Avec eux, Shaun découvre le monde des fêtes, du premier amour et des bottes Dr Martens. Le ton change quand Combo, un skinhead raciste et plus âgé, sort de prison. Alors que sa bande harcèle les communautés étrangères locales, Shaun va subir un rite de passage qui le sortira violemment de l’enfance.



Cela a été une des bonnes surprises de Dinard. Car on pouvait craindre le pire, surtout de la part d’un ex-skin, nostalgique, comme tout un chacun, du bon vieux temps, le réalisateur Shane Meadows, dont la posture « rebelle », le look pas vraiment rassurant et le regard ambigu dépeignent avec empathie, fascination mais, aussi, il faut reconnaître, réalisme – le mot est lâché ! – , la violence, à défaut de révolte réelle, d’une frange de la jeunesse prolétaire dans une société britannique bien-pensante sûre de son fait, de ses valeurs et de son empire (cf. http://www.objectif-cinema.com/spip.php ?article4270), sous l’ère thatchérienne, en 1983, au moment de la guerre des Malouines. Par bien des égards, le film rappelle Les Damnés, pas le nanard surévalué de l’aristo Visconti, non ! le vrai ! celui de Losey, inspiré d’un roman d’H.L. Lawrence, sorti en 1962, haut de gamme des séries B de la Hammer, qui présentait une bande de sauvageons de l’époque, de semi-délinquants, voyous, loubards, blousons noirs, bref, la racaille en détail, clivée en deux clans antagonistes, les Mods (apocope de « modernists ») et les Teddy Boys (d’esprit, disons, plus rockabilly), aux agissements somme toute inoffensifs si on les compare à la violence d’Etat – celle d’un lobby militaro-nucléaire en pleine expansion responsable, mais pas coupable, de fuites radioactives gardées secrètes, en attendant les pires catastrophes style Tchernobyl – que ce film parano épinglait au passage. Lawrence et Losey empruntaient la voie de la parabole sci-fi, avec ses inévitables mutants qui, mutatis mutandis, l’ADN en folie, étaient victimes d’expériences scientifiques en même temps que prototypes d’une espèce ou humanité nouvelle, particulièrement « résistante ». Oliver Reed y incarnait tous les Malcolm McDowell à venir. La donnée sexuelle de cette affaire de bad boy chaste, frustré et fruste – l’inceste, pour ne rien vous cacher – était fournie en sus.