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LE CAÏMAN
de Nanni Moretti
Par Guillaume RICHARD

SYNOPSIS : Bruno est un producteur de serie B en proie à de graves diffucltés financières et à des problèmes de couples. Il s’est vu retiré son projet sur Christophe Colomb, mais, en dernière instance, une jeune femme lui propose un scénario. Croyant à un film de gangster, il découvre en fait qu’il s’agit d’un critique cinglante du clan Berlusconi...



Avec « le caïman », son dernier film en date, Nanni Moretti s’attaque (une nouvelle fois) avec férocité à son chef d’état, Silvio Berlusconi, et à la droite en général. Avec un ton léger et faussement militant, son film atteint son but et témoigne, par ailleurs, d’une véritable intelligence de cinéma politique et humain.

Pour la première fois depuis longtemps, Moretti délaisse le rôle principal de ses films, un père de famille engagé et névrosé, et le confie à un acteur inconnu et physiquement diamétralement opposé. Outre cela, le personnage principal ne manifeste aucune conscience politique apparente (dans la scène où il apprend que son documentaire porte sur Berlusconi, il provoque un accident). Pourquoi un tel changement dans le personnage principal ? Il s’agit peut-être ici d’une des plus grandes qualités du film : faire indirectement du cinéma politique, avec subtilité, et non de façon « ouverte » comme le cinéaste le fit auparavant. En effet, Moretti dresse le portrait d’un producteur de série B traversant une crise d’identité : mariage à la dérive, dettes, difficultés dans le métier, remords etc. Chose courante dans l’œuvre du cinéaste italien, mais si Moretti filme cet homme à la fois proche et éloigné de lui, c’est pour mieux décortiquer et attaquer le système berlusconien, pour remuer le couteau dans la plaie, surtout lorsque nous apprenons que ce personnage vote Berlusconi !

Bruno Bonomo, producteur en faillite, désire produire une superproduction sur Christophe Colomb. Alors qu’il décroche un rendez-vous à la RAI, ceux-ci lui « volent » son projet pour le confier à un grand producteur. Désespéré, il accepte de lire un scénario d’une jeune anarchiste, baptisé « le caïman », et croit trouver dans ce script un grand film de gangster. En fait, il s’agit d’un film anti-berlusconien, ce que découvrira plus tard Bruno. Cependant, et malgré la production chaotique, il s’acharne à monter son film en dépit de la pression professionnelle et privée a laquelle il est sujet. Le film raconte donc une double histoire, d’une part celle de la vie privée de Bruno, avec ces ennuis, ces problèmes de couples, et d’autre part, celle de la puissance du clan Berlusconi. La force du film provient de l’entrelacement subtil des deux histoires, à savoir le « choc » Bruno/Berlusconi, car tout le processus de conscientisation découle du fait que Bruno se situe en deçà de la réflexion politique. Il est profondément indifférent à ce qui se passe dans son pays, il a seulement peur de choquer et de s’attirer des ennuis (encore la scène de l’accident). D’une façon générale, c’est dans l’unification du privé et du publique, de la vie quotidienne d’un homme et le présent d’une nation, de l’innocence et de la corruption, que Le caïman se pose comme une brillante réflexion sur la dérive d’un pays, voire d’une époque.