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FESTIVAL DE DINARD :

FAR NORTH
TRUE NORTH

de Asif Kapadia
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Face à la beauté désolée de la toundra arctique, trois personnages se rejoignent et s’affrontent, sur fond d’un choc de civilisations qui n’est pas sans rapport avec celui qui agite notre monde contemporain. Saiva, une femme mûre, d’origine asiatique, vit avec Anja, sa fille adoptive, à l’écart de tout, là où elle pense qu’elles seront en sécurité. C’est parce qu’elle sont deux et unies qu’elles arrivent à survivre dans cet environnement hostile, et ont malgré tout réussi à trouver une sorte d’équilibre, laissant au loin leur territoire natal que des soldats étrangers sont en train de "pacifier". Pourtant, contre toute attente, alors qu’elle s’était juré d’éliminer tout intrus, Saiva décide de recueillir et de soigner Loki, un occidental, qui arrive un beau jour à bout de forces aux environs de leur campement...



POINT DE VUE

Il a beau avoir été tourné près du grand Popaul – pour vous donner une idée plus précise de la situation : à 80° nord –, dans les paysages hallucinés d’une nature en pleine mutation (disparition ?), fondant comme neige au soleil du fait du réchauffement climatique, si l’on en croit les petits hommes verts, rongée et rognée par la pollution, décor qui, d’après le producteur, ne pourra plus jamais être refilmé en l’état, ainsi passé en revue – il est vrai que la beauté des clichés fait songer aux synthèses d’images des Corsino ou, au risque de paraître aussi prosaïque qu’Anaïs, aux tableaux oniriques de Dali, vous savez ? ceux de sa période « bleue » à lui, c.à.d. de sa série de marines restituant les panoramas lunaires de Cadaquès –, à ce qu’il paraît, dans des « conditions extrêmes », on ne sent pas du tout le froid s’insinuer en nous à la vue de protagonistes se baladant, la plupart du temps, ne disons pas en galéjant "en manches de chemise" (vaut mieux dans la taïga, mon p’tit gars, n’oublier ni le parka ni le comment !), mais les mains nues, non emmitouflées dans d’épaisses moufles en laine (polaire ?) ou en peau de bêtes curieuses de toute espèce. Pas un seul igloo non plus à l’horizon...

A partir d’un moment relativement bref, le film, au lieu de basculer dans le fantastique ou la science fiction (les gigantesques ballons d’observation météo qu’on entrevoit ressemblent étonnamment aux stations d’écoute du système Echelon, ce qui aurait pu être développé par le scénariste), verse dans le grand guignol et s’assume sans complexe comme une sorte de Nanard l’eskimo. Tous les ingrédients étaient pourtant réunis, qui auraient pu (dû) le faire décoller de cette toundra poisseuse dans laquelle s’engluent, peu à peu, non seulement ses protagonistes, mais le réalisateur lui-même : que ce soit la malédiction chamanique (ou péché mignon) de Michelle (ma belle !) Yeoh, l’ambiance apocalyptique dans laquelle on navigue à vue ou se traîne, si on peut dire, en permanence, les impondérables de l’exode glacial, la sensation de danger pouvant, à juste titre, rendre parano, la résignation têtue des deux héroïnes assez peu loquaces, la nature, par nature, adverse, etc. Mais on ne va pas vous refaire l’arctique.