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JINDABYNE, AUSTRALIE
de Ray Lawrence
Par Andrea GRUNERT

SYNOPSIS  : Stewart Kane et ses amis Carl, Rocco et Billy partent pour une randonnée de pêche dans les montagnes. Quand Stewart découvre le cadavre d’une jeune femme autochtone dans la rivière, les quatre hommes décident de continuer à pêcher au lieu de signaler leur découverte immédiatement. À leur retour, ils sont confrontés à l’incompréhension et la colère de toute la communauté, Blancs et Aborigènes. Claire surtout, la femme de Stewart, est révoltée par l’attitude de son époux. Leur mariage déjà tendu est ébranlé encore davantage par l’affaire qui divise la communauté et révèle la crise qui l’agite plus que jamais.



POINT DE VUE

Dans son adaptation de la nouvelle « So Much Water So Close to Home » de l’écrivain américain Raymond Carver qui avait déjà inspiré un des segments de Short Cuts (USA, 1993) de Robert Altman, le metteur en scène australien Ray Lawrence montre comment une décision prise dans des circonstances extrêmes affecte la vie de quatre hommes et de leurs familles de manière inattendue. Le texte littéraire aussi bien que le film traitent de l’amour et de la mort, de l’innocence et de la culpabilité. Mais si les protagonistes de Carver sont issus du milieu de la classe ouvrière américaine, Lawrence place ses personnages dans le contexte australien : en faisant de la victime une jeune femme indigène, son récit moral débouche sur un conflit culturel qui oppose les Blancs aux Aborigènes. À la mise en scène des espaces culturels distincts correspond la prépondérance d’images du paysage de la région autour des Snowy Mountains dans la Nouvelle-Galle du Sud où la petite ville de Jindabyne est située. Dans la langue des Aborigènes, ce nom signifie « vallée ». Inondée pour faire place à un barrage, la ville a été reconstruite à un niveau plus élevé. Stewart raconte à son fils Tom que parfois on pourrait encore entendre sonner les cloches de l’église. Ainsi, la ville disparue sous les masses d’eau évoquant à la fois la deuxième chance et le mystère devient-elle une métaphore pour la communauté de Jindabyne. Si la ville inondée est un espace hanté par des fantômes comme Stewart le raconte à son jeune fils Tom, les personnages sont hantés par des démons bien plus réels. Dans un paysage mystique, Lawrence explore les fantasmes, les angoisses et les désirs refoulés de ses protagonistes afin de les faire remonter à la surface.

Le garagiste Stewart est un homme de famille et un père tendre et affectueux qui apprend la pêche à Tom avec patience et humour. Cependant l’idylle familiale a des fissures. Claire est une mère dévouée, mais également une femme obsédée par un passé douloureux qui doit faire face à sa belle-mère possessive. Stewart se fatigue dans son rôle de médiateur entre sa femme et sa mère. C’est un homme vaniteux qui découvre avec mécontentement que ses tempes sont devenues grises et les fait teindre. À l’image de cette découverte frustrante, succèdent quelques plans montrant des coupures de journaux accrochées au mur, des échos de son passé de coureur automobile à succès. Si cette gloire peut paraître douteuse, car Stewart n’était guère plus qu’un champion local, elle lui rappelle des jours meilleurs. Le présent ne lui offre plus de récompenses et il le décrit dans un moment de colère à son épouse : « Je travaille comme un chien de merde. C’est ma vie. ». La randonnée de pêche annuelle avec ses amis semble être le seul moyen pour échapper à un quotidien dépourvu de sens.