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FESTIVAL INTERNATIONAL
DU FILM DE VIENNE

La Viennale
Autriche
Par Mathias HEIZMANN

En Autriche, la Viennale est un événement incontournable pour qui aime le cinéma. La présence de réalisateurs et d’acteurs et les rétrospectives donne à la ville des allures de croisette.



S’il est un mythe agréable à évoquer, c’est bien celui du village cinéma, ce lieu sans véritable origine, peuplé d’une tribu singulière et protéiforme. Que l’on soit à Canne, à Berlin ou à Vienne, que surgisse un festival, et voilà ce « pays supplémentaire » réinvesti et bientôt repeuplé. Tout cela ressemble un peu à La Ruée vers l’or, voire à sa déclinaison « goscinnyenne » dans Le Grand-duc : un article de journal, falsifié comme il se doit, et l’on quitte une cité pour une autre ! Puis on se retrouve là, devant des portes clauses, un sac à l’épaule, avec cette certitude un peu naïve d’être au bon endroit au bon moment. Enfin, on arbore ostensiblement les emblèmes du village : un sac qui se remarque de loin, un peu tape à l’œil, comme il se doit…

Les tribus ont leurs rituels. Il faut appeler le bureau de presse l’avant veille pour avoir une place, surtout pour les films les plus en vue, pris d’assaut par les journalistes et les VIP. Les cinéastes viennent présenter leur contribution, un peu ennuyés de répéter de ville en ville les mêmes commentaires. Le public a l’habitude d’applaudir, même le bonimenteur qui annonce les programmes et offre parfois, à la faveur d’un jeu de hasard, un sac au voisin de rang ; les cinéphiles n’ont jamais vraiment quitté l’enfance.

À Vienne, on ne vient pas vraiment pour les nouveautés. Il n’y a pas d’avant-première (ou très peu) et les « reprises » sont souvent les plus courus. Même la nuit, il y a foule pour revoir Blade Runner dans une version remaniée, singulièrement raccourcie et non sous titré. Est-elle nécessaire, meilleure que la précédente ? Qu’importe. On ne se couche pas à 4 heures du matin pour jouer les érudits.

Pour qu’un village existe, il lui faut une histoire et des fondations. Vienne n’est pas Canne, l’Autriche n’est pas la France. Alors, l’histoire du cinéma se déroule en temps réel. Au fond, on vient ici pour mesurer les écarts qu’il y a entre les genres et les époques, pour revivre en direct une certaine histoire du cinéma, interroger les témoins de ce mouvement-là et vérifier incidemment que ce monde vit encore. La Viennale, selon l’idée que l’on se fait du septième art, pourra être le lieu même d’une certaine nostalgie ou jouer au contraire la carte du sens. Après tout, que le cinéma soit vivant ou mort n’est pas une question secondaire lorsque l’on choisit délibérément de s’enfermer 10 heures par jours dans une salle obscure.