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TOUT EST PARDONNE
de Mia Hansen-Løve
Par Mathias HEIZMANN

SYNOPSIS : Victor habite Vienne avec Annette et leur petite fille Pamela. C’est le printemps, Victor qui fuit le travail passe ses journées et parfois ses nuits dehors. Très éprise, Annette lui fait confiance pour se ressaisir dès qu’ils seront rentrés à Paris. Mais en France, Victor reprend ses mauvaises habitudes. Après une violente dispute, il s’installe chez une junkie dont il est tombé amoureux. Annette quitte Victor et disparaît avec Pamela. Onze ans plus tard, Pamela a dix-sept ans, elle vit à Paris, chez sa mère. Un jour, elle apprend que son père est dans la même ville qu’elle. Elle décide de le revoir.



Pour son premier long-métrage, Mia Hansen-Løve a choisi un sujet à haut risque. Son film, pudique et sincère, marque assurément l’actualité viennoise.

Tant pis pour la chronologie, je commence par la fin : la fin de la Viennale (enfin presque : nous sommes aujourd’hui à deux jours de la clôture officielle) et la fin de Tout est pardonné de Mia Hansen-Løve. Car il faut bien annoncer la couleur : de tous les films récents vus à Vienne, celui-là est de loin le meilleur. C’est un bon motif pour commencer par lui, mais ce n’est pas le seul. La raison principale tient plutôt à son approche d’une question infiniment complexe (les retrouvailles d’un père et de sa fille après des années d’absence, puis la mort de celui-ci peu de temps après) et aux conséquences cinématographiques qui en découlent.

Mais reprenons.

Au début, il y a un couple heureux. Enfin presque. Il y a un père (Victor), une fille (Pamela), une jeune femme énergique (Annette). Il y a des promenades dans les rues de Vienne, des sourires complices. Le père et la fille s’aiment, les parents se chérissent. Une menace tout de même : Victor n’a pas de travail, bois un peu trop, tue le temps comme il peut. L’exil n’est pas facile, son allemand est approximatif, sa présence aux soirées de famille vécue sans joie. Quand il rentre à Paris, il se drogue un peu : il faut cela pour mieux écrire, ou du moins trouver l’inspiration. Il faut cela pour supporter l’angoisse. Il faut peut-être cela tout simplement pour vivre.

Le couple part à Paris. Victor continue à boire, fréquente des revendeurs de drogue. Quand il a bu, il est parfois violent. Et puis il trompe Annette avec une jeune fille qui meurt dans son lit d’une overdose d’héroïne. Victor s’effondre, Annette s’enfuit avec sa fille et les années passent. Dix ans, c’est long pour une enfant ! Quand la sœur de Victor appelle Pamela pour lui proposer de revoir son père, la réussite de l’opération est loin d’être assurée. Mais il y aura suffisamment de silence, puis d’écoute, pour qu’une promenade dans Paris permette à l’adolescente de saisir quelque chose d’essentiel. Il y aura bien une rencontre. Puis il y aura des lettres, la dernière trouvée entre les mains de Victor qui est mort dans son appartement pendant les vacances de sa fille. Fin de l’histoire.

Avec un tel sujet, les chances de réaliser un grand film étaient assez minces. Le moindre parti pris, la moindre habileté scénaristique, et surgissait, en place de ce film pudique, un mélo lamentable. Comment Mia Hansen-Løve s’y est-elle prise pour échapper à cet écueil ? La réponse tient en peu de mot : en instaurant une distance entre son point de vue et son sujet.