Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

PARANOID PARK
de Gus Van Sant
par Bernard PAYEN

SYNOPSIS : Alex, un jeune adolescent skateur, tue accidentellement un agent de sécurité tout près du skatepark le plus malfamé de Portland, le Paranoïd Park. Il décide de ne rien dire.



POINT DE VUE

Gus Van Sant n’a plus rien à prouver. Il poursuit sa route de cinéaste-wanderer reconverti portraitiste des jeunes ados de l’Orégon. Gus Van Sant est peut-être l’un des plus contrebandiers cinématographiques contemporains, fourguant sa poésie douce sous les récits les plus basiques, trifouillant images et sons dans des films narratifs dont le synopsis tiendrait dans une coque de pistache.
Quoi de plus fascinant selon le cinéaste américain, qu’une tête de rêveur pris dans les rêts de l’apprentissage de l’âge adulte, qu’un ado inquiet se posant mille questions sur ses sentiments amoureux, le divorce de ses parents, la guerre en Irak ou son avenir perso-professionnel. A t-il oui ou non mis un coup de skate sur la tête de ce gardien de nuit empêtrant qui ne s’imaginait pas tortiller une moitié de corps sur le ballast quand il était parti travailler quelques heures plus tôt ? A priori oui, si l’on en croit les faits et les images qui illustrent la construction en spirale de ce scénario adapté d’un romancier de Portland. A priori non, si l’on en croit ce qui se passe dans la tête de l’ado Alex.

Alex, la voix off qui déchire sa prose et son innocence dans un feu purificateur. Alex, celui qui fantasme les lieux les plus dangereux et les plus attractifs en des images mentales et granuleuses hantées de murmures aux accents français.

Avec Paranoid Park, on a le sentiment que Gus Van Sant arrive une nouvelle fois au bout d’un cycle esthétique. A l’image de son personnage perdu dans un monde trop grand pour lui, GVS tout en gardant bien les pieds sur terre même s’il continue à filmer magnifiquement les nuages, délaisse les travellings de ses derniers films pour une alternance de plans fixes et de séquences plus mobiles, tout en continuant avec obsession de filmer le mouvement. Retrouvant Christopher Doyle (chef op de son remake de Psycho), il développe le ralenti pour la première fois à son maximum, inspiré par le cinéma de Wong Kar-wai. Le cinéaste chinois n’est d’ailleurs pas la seule influence majeure de ce film apparemment en mode mineur mais qui retourne pendant longtemps les méninges. On y retrouve la musique de Nino Rota (en féérie fellinienne d’Amarcord à Juliette des esprits) et l’ombre du gros Alfred (Hitch pour les intimes) avec une variation stridente sur le thème de "la scène de la douche de psycho" pour ce qui reste l’apex du film.