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IN THE MOOD
FOR LOVE

de Wong Kar-Wai
Par Guillaume RICHARD


A l’occasion de la sortie de "My blueberry nights", Revenons sur le chef d’oeuvre de Wong Kar-Wai, "In the mood for love", pour tenter de déceler les clés de l’oeuvre du grand cinéaste asiatique. Ce dernier, avant tout, est un cinéaste du temps et la mémoire ; ce qui se traduit à merveille dans ce film, et, logiquement, dans son dernier opus qui sort prochainement.


LES CENDRES DU TEMPS

In the mood for love n’est pas un film comme les autres. A première vue, le spectateur se perd dans l’histoire comme dans un labyrinthe sans fin, le ton irrite, l’esthétique fatigue, les personnages déroutent ; mais ce méandre trouve en réalité sa raison d’être à travers une vision subtilement orchestrée du réel. In the mood for love est unique, par l’usage de son espace-temps, et, suite à cela, des musiques, des effets et de la couleur. Il se loge au cœur des émotions vécues du spectateur comme le douloureux secret dans le creux d’un mur, et c’est dans le spectateur, et non dans le film, que cette superbe histoire d’amour (et l’intention metteur en scène) réalise son objectif : toucher à l’éternité.

La force essentielle du film de Wong Kar-Wai tient dans la mise en place de deux niveaux d’expression conjointement liés. Le premier, puisque le cinéma avant tout raconte, met en place une histoire déchirante, celle d’un homme, Mr Chow (Tony Leung), tombant amoureux de sa voisine (Maggie Cheung). Les deux individus sont pourtant tous deux mariés, mais ils découvriront vite que leurs conjoints respectifs entretiennent une relation, ce qui précipitera ainsi la leur. Mais, suite à la difficulté de la situation, le couple va se séparer et leur amour devenir un souvenir perdu et dispersé dans le temps. Et c’est du temps qu’il est question au second niveau, puisque Wong Kar-Wai est l’un des plus grands artificiers du temps et de la mémoire, et plus particulièrement de l’exploration introspective de la conscience. Mais ce deuxième niveau n’est pas, malgré sa prédominance, l’objet même du film : il ne fait que renforcer le propos, il transforme cette histoire d’amour impossible en un souvenir dégradé mêlé aux projections de la conscience, prenant la forme de couleurs étouffantes, de ralenti ou encore de répétition.

In the mood for love est pareil aux mauvais souvenirs qui nous hantent, à ces impressions futiles mais déplaisantes qui nous traversent de tant à autre. L’impossibilité de cet amour, de cette passion muette, qui nous rappelle à tous quelque chose, réside peut-être moins, comme on l’a trop souvent dit, dans la pression sociale et le regard de la société que dans les intentions des personnages. En effet, la première barrière est posée par la dépendance respective des deux amants à leurs conjoints. Nous savons remarquons aisément que Mme Su aime son mari, elle en est tiraillée jusqu’au plus profond d’elle-même jusqu’à culpabiliser d’aimer un autre homme. Elle en aime donc deux, mais, d’autre part, son mari l’a trompé. Ainsi, tout au long du film, elle va être poursuivie aussi bien par sa culpabilité que par sa tristesse, ce qui se traduit forcément dans l’esthétique choisi par Wong Kar-Wai : une image close et oppressante, aux couleurs étouffantes. Le cinéaste ne filme que ce choix, à savoir le fait d’assumer ou pas cet élan vers un autre, cette trahison dont elle ne veut pas, mais contre laquelle elle ne peut rien faire.