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LE GRAND SILENCE
de Philip Gröning
Par Sophie HAUBOIS

SYNOPSIS : Le Monastère de la Grande Chartreuse près de Grenoble dans les Alpes françaises. Un documentariste, Philip Gröning, caméra à l’épaule, micro ouvert mais bouche close, imprègne pellicule et bande vidéo de ses impressions sur la vie des moines.



Des silhouettes plus ou moins insaisissables, des lueurs perçant les ténèbres et l’obscurité des murs épais, des fragments de gestes sans début ni fin, des pas lents et furtifs, des chants religieux solennels, des natures mortes de l’austérité intérieure ou de l’immuabilité du paysage extérieur, des cloches qui retentissent tout là-haut… Voilà le voyage, plus intérieur qu’exotique, auquel invite Philip Gröning avec sa caméra à l’épaule en suspend dans l’espace et le temps de ce monastère.

Sans voix off, ni commentaires, ni interviews, sans rapport direct frontal, sans interventions, Philip Gröning fait de sa caméra le prolongement de son ressenti et de ses émotions. Il la laisse libre d’explorer ombres et recoins, et la conduit intuitivement à la poésie des lieux bien davantage qu’à leur utilité. Elle se fait voyeuse et discrète tout à la fois. Voyeuse par son acte même de s’introduire dans ces lieux sacrés de prière et de recueillement. Mais discrète par sa façon de se tenir toujours à distance infiniment respectueuse, préférant les surcadrages et les amorces de profil à l’affrontement de face. Plans fixes et gros plans alternent avec une mobilité flottante et une profondeur de champ extrêmement réduite donnant au film une atmosphère lyrique et rêveuse.

Sans chercher à asséner, à démontrer, à délivrer absolument un message, sans suivre une chronologie narrative précise, le film se déroule tout naturellement au fil des saisons. En commençant par les mois d’hiver où la neige recouvre la végétation à perte de vue et où la course du temps semble s’être gelée. Cela n’empêche pas les moines de poursuivre leurs activités. Non commentés, certains gestes restent énigmatiques puis trouvent une explication dans la répétition ou la durée. Mais non commentés, ils sont également laissés à l’appréciation et à l’interprétation personnelle de chacun, une liberté bienheureuse et bienvenue dans un paysage audiovisuel trop souvent formaté et didactique.