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FADOS
de Carlos Saura
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Long-métrage dédié au Fado, ce style musical mélancolique portugais qui, à en croire le réalisateur, se serait étendu de l’Angola au Brésil.



Cette sympathique production ibérique (hispano-portugaise) est, théoriquement, consacrée au fado. Le titre, au pluriel, affecte d’ignorer ce qu’est cette expression artistique, apparue dans les rues estudiantines de Coimbra et dans le quartier lisboète mal famé de l’Alfama, dont les codes ont été fixés depuis plus d’un siècle. Le film traite en réalité de la grosse cavalerie de la variété internationale ayant pour seul point commun avec le fado la langue portugaise. Il met en valeur des vedettes convenues, et pas toujours convaincantes telles que le folk-singer & song-writer Caetano Veloso, qui chante ici assez curieusement avec une voix de fausset, ou son compatriote Chico Buarque, qui se sort avec une grande classe de la confrontation forcée entre l’ancien et le nouveau monde musical – les anciennes colonies du royaume s’étendant comme on sait de l’Afrique au Brésil (Saura oublie au passage Macao-enfer-du-jeu). Une autre tentative d’échange, tout aussi artificielle, a lieu aussi dans le film entre le flamenquiste Miguel Poveda et la néo-fadiste Mariza. Comme chez le chorégraphe Montalvo, on s’appesantit sur le baroque dans une séquence reconstituant des menuets au lieu de s’interroger sur les origines arabes de cette mélopée. Ainsi donc, la plupart du temps, le documentaire nous a semblé hors sujet, à côté de la plaque. Un peu comme si, pour illustrer le blues, on plaçait les chanteurs Sting, Bob Dylan ou Johnny Clegg sur le même plan qu’un Muddy Waters ou un Blind Gary Davis. Cette confusion esthétique, dictée sans doute par de bons sentiments « multikulti » (il est certain que la charge d’humanité, le message universel que représente le cri munchien du fado ne peut laisser indifférent, en dehors de la Lusitanie), finit par dissoudre un art populaire intime et urbain dans le brouillamini d’un folklore de pacotille capverdien, carnavalesque ou bossanovesque, celui de la « World Music » – dans un tout autre domaine, mais avec cette même démarche, certains ont essayé de nous faire croire que la chanteuse Concha Buika faisait dans le flamenco. La séquence inaugurale sur l’exil, avec des personnages portant leur valise en carton et défilant de gauche à droite en ombres chinoises, fait penser à la première salle du Musée de l’immigration de la Porte Dorée et au magnifique travelling discontinu projeté sur plusieurs écrans vidéo. L’exil du fado a surtout été celui des paysans et marins vers la ville-phare.