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JOHN CARPENTER
Réalisateur
Par Marc POQUET

L’HERITAGE DES AINES

Si l’on jette un regard rétrospectif sur la filmographie de John Carpenter, on remarque que celle-ci s’organise selon deux axes fondamentaux : soit description d’un groupe ou d’une communauté aux prises avec un élément extérieur déstabilisant, soit portrait d’une figure solitaire confrontée à un environnement hostile. Il ne s’agit pas ici d’un phénomène chronologique, mais d’une double tendance qui parcourt son œuvre, de ses premiers films indépendants jusqu’à ses dernières expériences, en passant par les grosses productions des années 80.



Chacun de des films possède ses qualités propres mais nombre d’entre eux s’inscrivent dans cette dichotomie du point de vue, structuré alternativement autour du groupe ou de l’individu. L’expression point de vue est à cet égard significative, tant est grande la volonté de Carpenter d’introduire une réflexion sociale et politique dans le fantastique et de proposer au travers du genre un regard sur notre monde.

La démarche n’est ni unique ni nouvelle et renvoie au cinéma classique de l’âge d’or hollywoodien, à une époque où le film de genre servait de support aux auteurs pour exprimer une vision toujours subjective, souvent sociale et politique. Il existe donc un lien direct qui unit John Carpenter aux classiques et plus particulièrement à deux parmi ses plus illustres représentants, Howard Hawks et Fritz Lang. En effet, au-delà de ce lien, les deux axes qui fondent la thématique carpenterienne renvoient au fond qui sous tend respectivement l’œuvre d’Hawks (le groupe) et celle de Lang (l’individu) ; de plus, l’analyse formelle montre que le style de Carpenter, indéniablement personnel, est directement issu de celui de ces deux glorieux aînés.

John Carpenter n’a jamais caché l’influence du cinéma d’Howard Hawks sur son propre travail. D’ailleurs, son deuxième film est un hommage direct au réalisateur du Grand sommeil : coincés dans leur commissariat par une bande de terroristes, les personnages d’Assaut rappellent bien sur ceux de Rio Bravo enfermés dans leur bureau prison du shérif. Hommage cinéphilique donc, que Carpenter prolongera en réalisant un remake de The thing qui reprend une nouvelle fois le grand thème hawksien du groupe humain menacé par un danger extérieur. Il s’agit bien sur là de deux expériences limites, sortes de cas d’école d’une filiation totalement assumée. Mais cette représentation ne se limite pas à ces deux films hommages et irrigue également Fog, Le Prince des Ténèbres ou Ghosts of Mars dans lesquels Carpenter intègre les codes de l’univers Hakwsien afin de développer ses obsession sur l’écran. Et si le groupe humain est seulement déstabilisé chez Hawks, chez Carpenter en revanche il se désagrège inéluctablement, jusqu’à la disparition de la plupart de ses membres. D’ailleurs, ces derniers n’on pas la même fonction : chez Hawks, ils s’évertuent à préserver la cohésion du groupe, chez Carpenter, ils luttent pour sauvegarder leur vie. En choisissant de travailler sur le fantastique et l’horreur, Carpenter en utilise la violence intrinsèque pour exprimer une vision beaucoup plus pessimiste sur la nature humaine.