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THE HUMAN FACTOR
de Clint Eastwood
Par Nicolas ONNO

LE MOMENT CHARNIERE ?

Automne 2007. En pleine Coupe du monde de l’Ovalie, le réalisateur américain annonce la teneur de son nouveau projet. Il s’agit d’un récit portant sur l’édition 1995, gagnée à domicile par l’Afrique du Sud post-apartheid. Ou comment l’image symbole de Mandela (Morgan Freeman) arborant le maillot des Springboks, remis par le capitaine de l’équipe (Matt Damon), a-t-elle fait évoluer les mentalités de toute une nation dite « arc-en-ciel ».



La scène, historique, avait fait le tour du monde. Le 24 juin 1995, Johannesburg est en liesse : dans l’enceinte surchauffée du stade de l’Ellis Park, Nelson Mandela serre la main de François Pienaar, engoncé dans le maillot trop grand pour lui des Springboks, flagrant synonyme des années honteuses et désormais honnies de l’apartheid. Durant près d’un siècle, la tunique vert bouteille et or, frappée de l’emblème de l’antilope et de la fleur de protea, portée exclusivement par les descendants des colons boers et des huguenots français, demeurait l’un des symboles de la ségrégation raciale et de la suprématie blanche.

Tout comme les Noirs ne pouvaient se mélanger aux Blancs dans les tribunes, ils étaient bien évidemment déboutés de l’équipe nationale de rugby, presque une religion en Afrique australe. Importées par les Anglais dans tout le Commonwealth, chaque week-end, les manifestations d’un sport rude et de force brute furent longtemps – et traditionnellement – réservées aux puissants et lourds avants afrikaners, voire britanniques (1).

En 1967, une tournée de l’ennemi de toujours, la Nouvelle-Zélande, fut annulée sous la pression du premier ministre Hendrik Verwoerd, qui refusait que des maoris soient autorisés à pénétrer sur le territoire, les contacts entre races, même dans le sport, étant strictement prohibés.

« L’apartheid est un pêché. Changez le rugby et vous changerez l’Afrique du Sud  », avait prôné Danie Craven. L’ancien joueur de Stellenbosh, entraîneur mythique puis dirigeant du rugby sud-africain (décédé en 1993), fut l’un des plus farouches opposants du régime de séparation (apartheid en afrikaans) mis en place par son pays. Au plus fort des années 1980, « Doc », alors président de la SARB (« South African Rugby Board »), avait souhaité que sa « Craven Week », un tournoi destiné aux juniors créé en 1964, soit dorénavant un modèle d’assimilation, où scolaires noirs et blancs joueraient en toute équité.