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LA NUIT NOUS APPARTIENT
de James GRAY
Par Marc POQUET

SYNOPSIS : Trois films en douze ans, James GRAY n’est pas ce que l’on appelle un auteur prolifique. Ceci d’autant que le thème central est à chaque fois identique, variations autour de la famille et de la fratrie, à la frontière du Bien et du Mal. D’où ce sentiment partagé avec La nuit nous appartient, entre le plaisir de retrouver un univers familier dont la mise en forme est de plus en plus maîtrisée et une légère déception devant ce qui ressemble un peu à une répétition.



Nous sommes en 1988 à New-York. D’un coté, Bobby Green (Joaquin Phoenix), beau gosse, frimeur et gérant d’une boite de nuit pour le compte d’un vieux russe qu’on soupçonne être de la maffia. De l’autre, Joseph Grusinsky (Robert Duval) et Burt Grusinsky (Mark Wahlberg), respectivement père et frère de Bobby, policiers intègres en guerre contre les trafiquants de drogue. La différence de nom n’est pas anodine : elle témoigne de la volonté de Bobby de se distinguer d’une famille dans laquelle il ne se reconnaît pas.

James Gray ne s’embarrasse d’aucune précaution narrative pour nous expliquer l’origine de la césure familiale. Dès le début du film, il met en parallèle les vies de ses protagonistes, flambe et drogue d’un coté, rigueur et honnêteté de l’autre. La mise en scène accompagne parfaitement le propos : portée par une caméra virevoltante et une bande-son du tonnerre, la présentation de Bobby dépeint un monde chatoyant et festif ; par opposition, la soirée organisée par les flics est grise et figée, à l’image des uniformes portés par les hommes. Et tandis que Bobby parade au bras d’une femme somptueuse et provocante (Eva Mendes), Joseph et Burt, tout en raideur et compassion, rendent hommage à leurs collègues disparus.

La rencontre qui suit entre les 3 hommes est encore plus explicite. On sent bien qu’aucune tendresse ne les lie et que la tension larvée peut exploser à tous moments. D’ailleurs, la raison de l’entrevue est vite connue et relève directement d’une logique utilitaire : un trafiquant russe notoire fréquente régulièrement la boite de Bobby, « El Caribe », Burt et Joseph insistent pour qu’il collabore, ce qu’il refusera en riant.

A ce stade, le combat du Bien et du Mal est engagé, avec des personnages suffisamment ambigus pour susciter l’adhésion. Dans le prolongement de celle qui structurait ses films précédents, la mise en scène de James Gray est sobre et sèche et accompagne efficacement un trio d’acteurs impeccables. Plus largement, l’ambiance visuelle, toujours dans le droit fil de Little Odessa et The yards, fait la part belle aux teintes sombres et au contraste, dans un décor urbain magnifiquement rendu dans sa froideur et sa dureté.

Bref, le spectateur s’attend à un film poignant mais évoluant en terrain connu. C’est précisément à ce moment là que James Gray a l’intelligence de bousculer sa narration, avec un scénario ingénieux qui ménage de nombreuses surprises et maintient la tension deux heures durant.