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LUST, CAUTION
d’Ang Lee
Par Mathias HEIZMANN

SYNOPSIS : De tous les films projetés à Vienne, le dernier rejeton du cinéaste Ang Lee est sans aucun doute celui qui fera couler le plus d’ancre. Pas seulement en raison de l’audace avec laquelle il met en scène des scènes de sexe, mais surtout pour les questions de cinéma qu’il soulève et les positions qu’il oblige à prendre.



POINT DE VUE

On ne sort pas de Lust, Caution comme d’un film ordinaire. Qu’on aime où qu’on déteste (j’avoue osciller sérieusement entre ces deux extrêmes), on reste fasciné par le jusqu’au-boutisme du cinéaste qui ose faire de la nouvelle d’Eileen Chang un film de plus de trois heures, distillant la violence et l’ennuie comme peu d’auteurs savent le faire.

Ce n’est pas donné à tout le monde d’assumer à ce point le parti pris de la lenteur, quitte à annihiler tout effet de suspens pour s’attacher à traduire physiquement l’attente des protagonistes et la violence des relations physique que l’héroïne subit de jour en jour.

Il est temps de faire ici une petite parenthèse et de revenir sur l’histoire : un groupe d’étudiants chinois, après une représentation de théâtre montée par leurs soins, décide d’entrer en résistance contre l’occupation japonaise. Le projet un peu fou consiste à exécuter l’un des principaux collaborateurs chinois du pouvoir en place (nous sommes à l’aube de la deuxième guerre mondiale) et, pour cela, de le séduire. Une jeune actrice doit se charger de l’opération et se fait passer pour l’épouse d’un proche voisin de Monsieur Yee, l’homme à abattre.

On pourrait s’attendre, à partir de ce canevas, à assister à un film d’espionnage aux multiples rebondissements. Mais à l’évidence, le cinéaste a peu d’intérêt pour l’intrigue proprement dite et s’il suit parfois les conventions du genre, c’est pour les détourner au profit d’un drame psychologique qui mise à peu près tout sur les acteurs et leurs déchirements personnels.

La lenteur du film est ainsi pleinement justifiée par le besoin de suivre au plus près l’évolution des personnages. Wong Chia-Chi, la jeune étudiante, ne vit pas au rythme trépidant des héros « James Bondiens ». Sa relation de plus en plus proche, les étreintes sexuelles qui tournent le plus souvent au viol, tout cela se déroule avec une lenteur qui nous renvoie à la réalité du récit.

Il faut sans doute un certain culot pour assumer ce genre démarche, et aussi un casting irréprochable. La représentation du sexe au cinéma n’est pas chose facile et si les scènes de genre ont été qualifiées à Vienne de « presque insoutenables », c’est moins en raison de leur réalisme que du visage déchiré de la comédienne et la plastique douloureuse des corps entremêlés.