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L’HOMME
QUI MARCHE

d’Aurélia Georges
Par Bernard PAYEN

SYNOPSIS : Dans les années 70, un photographe fait la connaissance d’un homme émacié et ténébreux, au visage d’oiseau de proie. L’homme s’appelle Viktor Atemian. C’est l’histoire de cet homme, qui s’improvise écrivain, rencontre le succès, puis traverse le désert pour finir à la rue.



POINT DE VUE

Sur la pente. Le premier long métrage d’Aurélia Georges aurait très bien pu s’intituler comme l’un de ses courts métrages d’étudiante en cinéma réalisés dans le passé. Sur la pente. L’histoire d’un homme qui marche sur la pente. L’histoire d’un funambule, d’un artiste, d’un poète. Qui emprunte sa silhouette filiforme à une statue de Giacometti. L’histoire d’un homme qui marche pour ne pas mourir, pour simplement continuer à penser, à formuler un cri qui ne sera jamais entendu. L’histoire d’un orgueil. De celui qui pensait se suffire à lui-même, qui se pensait en éternel ermite urbain, voire germanopratin, se nourrissant de biscottes et de thé, voire d’œufs durs pour les grands jours. Qui se nourrissait de ses mots.

Il faut savoir se taire. Particulièrement dans les dîners où s’abreuvent et s’égarent des paroles inutiles. Il faut savoir se taire. Quitte à paraître pour un sauvage ou un simple alors que l’on est simplement égaré dans un monde intime où personne ne peut entrer sans esquisse de permission. Même les femmes les plus charmantes, de cette jeune étudiante en russe à cette inconnue hésitante.

Tel le Bartleby de Herman Melville, Viktor Atemian (incroyable César Sarachu, nouveau corps singulier de cinéma), le personnage principal du film d’Aurélia Georges, est insaisissable. Comme de nombreux personnages de cinéma qu’on n’oublie pas, il est un être de fuite, prêt à s’échapper à chaque coin de rue. On le devine, on l’apprécie, on ne le comprend jamais tout à fait. Mais se connaît-on déjà soi-même, alors pourquoi serions-nous perspicaces envers les autres ?

Avec L’homme qui marche, Aurélia Georges, signe un film essentiel, un film politique qui défend l’homme qui pense, qui poétise sans fard, qui pamphlète et ne vit que pour lui-même dans une France qui n’aime plus ses artistes ni ses intellectuels. Un film qui défend une autre façon de vivre sa vie. Un film qui interroge notre rapport au temps. Au temps qui défile à toute vitesse au quotidien, au temps qui passe, qui nous étreint, qui nous lâche. Aux amis qui passent et qu’on ne revoit pas toujours.