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PASCAL BONITZER
Entretien réalisé
à l’occasion du festival de Vienne
le 25 octobre 2007
par Mathias HEIZMANN

Tous les chemins, dit-on, mènent à Rome. Comme Truffaut, Rivette et bien d’autres, Pascal Bonitzer est passé par la critique de film avant de changer de rive. Aujourd’hui cinéaste, son cheminement me semblait important au regard de sa production actuelle, bien éloignée du radicalisme qui présidait aux Cahiers du Cinéma lorsqu’il a signé ses premiers articles…



Objectif Cinéma : J’aimerai commencer cet entretien par un retour en arrière, au temps de cahiers du cinéma. Pensez-vous aujourd’hui que ce détour par la critique a été nécessaire ?

Pascal Bonitzer : Je voulais faire des films depuis très longtemps mais je suis quelqu’un de passablement timide et inhibé et je n’aurais jamais pu me faire cinéaste de but en blanc : il me fallait absolument passer par un certain affermissement personnel, ce qui supposait d’écrire. Alors ça a commencé par la critique…

J’ai eu la chance d’entrer aux Cahiers du Cinéma quand j’étais très jeune, un peu par hasard il faut bien le dire. Les Cahiers du Cinéma ont eu une importance considérable : ils m’ont permis de rencontrer de très nombreux cinéastes qui ont senti que j’avais envie de travailler dans un autre domaine que la critique et qui m’ont fait confiance pour écrire. Ainsi, après avoir été critique, j’ai été longtemps scénariste.

Il a fallu du temps pour que j’arrive à m’approprier ce moyen d’expression qui, à l’origine, ne me convenait pas ; et puis, un beau jour, je me suis lancé dans mes propres films grâce à un producteur qui a proposé de me soutenir si je lui présentais quelques pages d’un projet de scénario qui puisse l’intéresser. C’est comme ça que j’ai fini, un peu tard, par me lancer dans la réalisation.


Objectif Cinéma : Toute une génération de cinéastes est passée par l’exercice de la critique avant de se lancer dans la réalisation. François Truffaut n’est pas l’exemple le moins célèbre. Écrire sur le cinéma est-il un moyen de le découvrir ?

Pascal Bonitzer : Pour les gens de la Nouvelle Vague, la découverte du cinéma, ça a été surtout la cinémathèque. Et le moyen d’entrer dans la pratique du cinéma a été de passer par une conquête du cinéma par la critique. On sait que les critiques de Truffaut étaient non seulement très puissantes, mais très polémiques, très « démolisseuse » du cinéma dominant de l’époque. On se rappelle de son article « Une certaine tendance du cinéma français » qui était en fait une tentative de démolition des valeurs du cinéma dominant ; c’est par ce biais qu’ils ont pu faire des films, mais également à la transformation des conditions techniques (plus grande légèreté dans le maniement des caméras etc.) qui leur a permis de sortir des studios et d’échapper à la filière traditionnelle. C’était une petite révolution comparable à ce qui a pu exister dans la peinture quand les impressionnistes ont quitté les ateliers pour mettre leurs chevalets en pleine nature… Certes, la Nouvelle Vague avait été précédée par le néoréalisme ; mais c’était quand même une petite révolution.