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BATTUTA
de Bartabas
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Au centre de la piste, une trombe d’eau cylindrique aux couleurs changeantes. Sur les côtés, les orchestres tziganes. Et tout autour de la piste, un grand galop ininterrompu, des chevaux, des cavaliers qui viennent faire des prouesses sur leur monture et réclamer virilement les bravos, et puis tout un défilé de carrioles et de personnages tout excités : une mariée mystérieuse, une fumeuse de pipe, un ours, une oie... Tout se mêle, la musique, les couleurs, les galops...



NE NOUS FÂCHONS PAS !

L’actualité récente a mis en lumière le personnage unique qu’est Monsieur Bartabas. Rappelons les faits, tels qu’ils furent rapportés par le journal vespéral endetté et antidaté où sévit un « dessinateur » sans trait, d’humour ou de génie : le 21 décembre 2007, le (très) cavalier et (fameux) cowboy d’Aubervilliers, en manque de sponsors ou de mécènes (en dehors de MM. Pinault et Arnault, il ne doit pas y avoir des masses d’amateurs d’art fortunés et désintéressés dans notre pays : souvenons-nous de la faillite de l’American Center qui, pourtant, œuvrait à guichet fermé, après une seule saison passée à Bercy), légèrement énervé sur les bords par l’insuffisance de recettes, privées ou publiques, escomptées, permettant de faire vivre son académie d’art équestre de Versailles, au moment même où le gouvernement annonçait le gel de 4 % de subventions de la Culture, donnait « à son désespoir l’expression de la colère », en cassant un peu de matériel à la DRAC d’IDF : verre d’une armoire, bureau de direction probablement « design », photocopieuse couleur traînant dans le couloir, deux radiateurs électriques (le cavalier n’est ni un malabar ni un haltérophile à la Picabia pouvant soulever comme ça, même aux limites de la transe, comme les protagonistes de son film de 1996, Chamane, la fonte d’éléments de chauffage central à l’ancienne), ce qui lui valut de passer la nuit au poste du XIe arrondissement et de faire l’objet d’une plainte en justice. On eut donc une énième variation sur le thème de l’artiste et des bureaucrates . Bartabas était, de fait, à sa manière brusque et perso, à la pointe du combat des gens de spectacle contre la politique « culturelle » d’un gouvernement au goût petit-bourgeois n’ayant pas même le sens du luxe, dont le Premier ministre réel connaît par cœur les poèmes immortels de Jean-Philippe Smet et dont le chef théorique est amateur de... formule 1 (pas des établissements hôteliers, des courses qui font vroum vroum).

La sortie en « digital versatile disque » du film du spectacle Battuta est l’occasion de revenir sur cette fantaisie nerveuse, à l’emporte-pièce, très « entière », comme le réalisateur et créateur de l’expérience du théâtre équestre Zingaro. Le film Battuta est une captation du spectacle éponyme, en même temps qu’une réduction de celui-ci à un format télé – pour des raisons esthétiques et peut-être aussi de droits, certains numéros ont été écartés de la version finale. Après un long périple relevant de l’exploration, réelle ou imaginaire, du voyage intérieur, autour d’une chambre, façon Xavier de Maistre ou, tout simplement, autour de notre globe : en Sibérie, au Japon, en Corée, au Tibet, etc., Zingaro nous revient, grâce à ce DVD, dans un spectacle chargé d’énergie, une cavalcade de bruit et de furie, un théâtre rimbaldien, artaldien, cru et cruel, susceptible de séduire mêmement jeunes et vieux, adultes et enfants, fans et novices. Après bien des échappées lyriques, des élaborations et élucubrations parfois limite fumeuses, des chorégraphies subtiles, régies par une quête de pureté, une recherche du mouvement pour lui-même, un élargissement et un approfondissement d’un art équestre millénaire, dont les codes furent fixés à la Renaissance, Bartabas opte pour un retour aux sources - les numéros acrobatiques et virtuoses d’un cirque roumain/romain tel qu’il l’a, un jour, fantasmé.