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JE T’AIME JE T’AIME
De Alain Resnais
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Après une tentative de suicide, l’écrivain Claude Ridder (Claude Rich) accepte de participer à une expérience scientifique, seulement pratiquée jusqu’alors sur des souris. Une machine à remonter le temps doit lui permettre de se retrouver dans son passé, un an plus tôt, auprès de Catrine (Olga Georges-Picot), son amour depuis disparu. Alors que le voyage ne devait durer qu’une seule minute, un dysfonctionnement se produit. Ridder revit de façon désordonnée, de multiples séquences issues des quinze dernières années qu’il a vécues.



POINT DE VUE

Le réalisateur Alain Resnais a toujours aimé solliciter des écrivains, pour l’écriture des scenarii qu’il a mis en scène, comme Marguerite Duras (Hiroshima mon amour,1958), Alain Robbe-Grillet (L’Année dernière à Marienbad, 1961), ou encore Jorge Semprún (La guerre est finie, 1966). Un sketch de Loin du Vietnam (1967) et le long-métrage Je t’aime je t’aime (1968), lui ont permis de collaborer avec Jacques Sternberg (1923-2003), auteur belge de science-fiction, ayant publié entre 1500 à 2000 contes courts. Pour Je t’aime je t’aime, Sternberg fournit différents fragments de vie de Claude Ridder (qui était déjà le nom du héros de Loin du Vietnam), qu’Alain Resnais se chargea d’assembler. Il est intéressant de comparer l’approche diamétralement opposée du voyage temporel, envisagé par les Etats-Unis et l’Europe, à la fin des années 60. La série américaine très enfantine The Time Tunnel / Au coeur du temps (1966-1967), se sert de la machine à voyager dans le temps, comme moyen de faire vivre de nombreuses aventures à deux scientifiques sans états d’âme, côtoyant des figures historiques telles que Napoléon Bonaparte, le Général Custer ou le Capitaine Alfred Dreyfus . En revanche, la machine dans le film de Resnais, se révèle un dispositif introspectif pour le suicidaire Claude Ridder, amené à se perdre dans les seuls méandres de son passé. Ce personnage tragique fait immanquablement penser à Wolf, infortuné protagoniste du roman, L’Herbe Rouge (Boris Vian, 1950), qui lui aussi courait à sa perte, en utilisant un appareil l’envoyant dans un monde parallèle.

Le fantastique est très secondaire pour Sternberg et Resnais, tant l’accent est mis sur l’existence de Ridder, que l’on arrive à reconstituer, en mettant bout à bout les flash-back qui nous sont livrés. En apparence les courts passages qui se succèdent sont aléatoires. Cependant, on peut y discerner une certaine cohérence : la relation Ridder / Catrine, ce qui est arrivé à Catrine à Glasgow, la tentative de suicide de Ridder. A cela, il faut ajouter différents rêves de Ridder, et la répétition de moments du passé (des vacances à la mer), qui ne sont jamais présentés de façon identique, pour signifier peut-être qu’il est impossible de reproduire fidèlement ce qui s’est déjà déroulé. Qu’apprend-t-on de Ridder au fil de son périple ? Légèrement masochiste, insatisfait dans sa vie professionnelle, il cultive son mal de vivre, au gré de ses rapports compliqués avec les femmes. Un plan (montrant une femme abandonnée par Ridder, dans une pièce remplie de jouets) suggère qu’il a peut-être quitté une vie de famille, pour plus de liberté.