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PARANOID PARK
de Gus Van Sant
Par Guillaume RICHARD

SYNOPSIS : Alex, jeune skateur, tue accidentellement un agent de sécurité tout près du skatepark le plus malfamé de Portland, le Paranoïd Park. Il décide de ne rien dire.


Le dernier film de Gus Van Sant est à la fois surprenant et logique, comme inscrit dans la continuité de la “trilogie” que le cinéaste a entamée avec Elephant. Surprenant dans son observation et sa mise en scène plus ambiguë, plus aérienne ; logique dans le déploiement des traits propres au cinéaste, à savoir le vide, la question du mal et la jeunesse. Mais Paranoïd Park, c’est aussi une un récit de pensées, une œuvre à la première personne qui crée un trou, un vertige profond, symbole d’une jeunesse tiraillé entre rêve et réalité, être et devoir être. Cette œuvre est à la fois riche et ouverte, et nous n’aborderons ici qu’un point de vue, sachant très bien que le sens complet du film, sa portée artistique, politique et humaine est multiple et illimité.

Comparé aux précédents films, la substance de Paranoïd Park se déploie sur un autre terrain, celui de la responsabilité et de la culpabilité. Elephant ne posait pas ces questions, puisque le film était avant tout un constat, un état des lieux, où la morale se trouvait volontairement exclue. Au contraire, Paranoïd Park interroge la morale et le sens de la responsabilité à travers l’image : Alex a-t-il commis un meurtre ? Est-ce lui ou un autre ? On ne juge pas, le spectateur accompagne Alex et finit par se demander comment ce garçon, à bien des égards normal, aurait pu commettre une chose pareille. Ce dilemme entre Alex et le spectateur, véritable moteur du film, entraîne notre regard sur le terrain moral. Mais Van Sant ne réalise pas un film sur la responsabilité et ses conséquences morales, il montre uniquement le recours inévitable à celle-ci. En effet, il faut comprendre l’enjeu de la démarche du cinéaste, il propose une approche subjective d’un fait, d’une intrigue, pour en tirer des conclusions objectives, d’ordre moral.

Afin de mieux comprendre mon propos, reprenons le déroulement du meurtre commis par le jeune garçon. Il serait faux de comprendre son acte comme un meurtre ou un accident. Le coup porté par Alex au garde de nuit est la conséquence logique des conditions de vies du jeune garçon. Autrement dit, cet acte est la goutte d’eau qui a débordé du vase, le résultat logique d’une chaîne de causalité, d’une spirale négative dans laquelle le garçon est inscrit malgré lui. Ainsi, comprendre le meurtre comme élément logique de l’intrigue, et non comme accident, donne une toute autre vision de la responsabilité morale. Elle rejoint celle avancée dans Elephant, à savoir l’absence même de moralité. Or, Alex comprend sa culpabilité mais en même temps il n’est pas véritablement responsable de son acte, parce que celui-ci lui a échappé.