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LA GRAINE ET LE MULET
d’Abdellatif Kechiche
Par Guillaume RICHARD

SYNOPSIS : Sète, le port. Monsieur Beiji, la soixantaine fatiguée, se traîne sur le chantier naval du port dans un emploi devenu pénible au fil des années. Il traverse une période délicate de sa vie où tout semble contribuer à lui faire éprouver un sentiment d’inutilité. Une impression d’échec qui lui pèse depuis quelque temps, et dont il ne songe qu’à sortir en créant sa propre affaire : un restaurant.



Au cinéma, il est généralement difficile de transcrire les subtilités d’une culture à l’écran, et de le faire avec exactitude, comme le prouve par exemple le médiocre De l’autre coté. Car, depuis l’origine du 7ème art, la question première reste celle du réalisme et de la recherche de fidélité au réel. Or, le dernier film de Kechiche, l’auteur de L’esquive, est un modèle de réalisme. Ce qui fait la réussite d’entreprises aussi périlleuses que celle du portrait collectif, c’est assurément le regard porté, ces choix qui ne moralisent pas, qui ne dénoncent pas. La graine et le mulet fait partie de ces films justes, sincères, qui arrivent, avec simplicité, à transformer la banalité d’un quotidien en un reflet juste de la société contemporaine.

Le mérite du film réside dans le fait qu’il parle d’aujourd’hui, des jeunes et de la situation maghrébine en Europe, mais sans moraliser, sans dénoncer. Comme l’indique le titre et les différentes allusions à celui-ci, le dernier opus de Kechiche est un film optimiste sur l’avenir des maghrébins, un avenir teinté de soleil d’azur et de jeunesse plein de vie. C’est là que situe le véritable propos de son réalisateur : ouvrir des possibles et un avenir en faisant éclore la graine pour qu’elle ne soit plus mulet. En effet, Slimane, vieux pêcheur fraîchement licencié pour manque de rentabilité, va ouvrir une voie lorsqu’il décide d’ouvrir un restaurant sur un bateau désaffecté. On le prend pour un fou, les autorités se moquent de lui, mais au final, son projet aboutira, au prix de sa vie. Slimane, le mulet, permet, par son geste, à la graine –la jeunesse- d’éclore et de devenir une belle plante. Il se sacrifie pour la jeunesse.

Le film se découpe en deux parties qui s’entremêlent : une observatrice, Kechiche pose sa caméra au plus près du quotidien, et une seconde où ce même quotidien s’embarque dans une « fiction », une aventure humaine. De ce découpage particulier –le film peut se voir comme un enchaînement de scénettes à la longueur démesurée- le film en tire toute sa force et son intérêt. En effet, La graine et le mulet est à la fois un film à la recherche d’authenticité, dans la pure tradition de Pialat ou Doillon, et, en même temps, il est proche du cinéma populaire et familiale, avec la trame autour du restaurant. Cinéma radical et populaire se rencontrent dans une équation unique, qui prouve que le meilleur cinéma ne doit pas nécessairement être purement contemplatif et « esthétique ».