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DE L’AUTRE COTE
de Fatih Akin
Par Guillaume RICHARD

SYNOPSIS : Malgré les réticences de son fils Nejat, Ali, veuf, décide de vivre avec Yeter, une prostituée d’origine turque comme lui. Mais Nejat, jeune prof d’allemand, se prend d’affection pour Yeter lorsqu’il comprend qu’elle envoie son argent à sa fille en Turquie, pour lui payer des études. La mort accidentelle de Yeter éloigne durablement le père de son fils. Nejat se rend à Istanbul dans l’espoir de retrouver la trace d’Ayten, la fille de Yeter.



UNE CERTAINE TENDANCE DU CINEMA EUROPEEN

Le dernier film de Fatih Akin résume bien la « tendance » actuelle d’un certain cinéma européen, morne et sans fond, inégal et sans relief, à la structure et aux propos simplistes. En effet, on peut se demander comment un tel film ait pu susciter autant de louanges, en recevant notamment le prix du scénario à Cannes ! Que peut-on -ou plutôt que doit-on- rétorquer à ce film ? Pourquoi est-ce un mauvais film ? Les réponses que nous allons tenter de donner dépassent le cadre du film lui-même, puisque elles en disent long sur un problème plus profond qui mine le cinéma européen, à savoir celui du choix des films et des projets à défendre.

De l’autre coté traite des difficultés rencontrées par la communauté turque en Allemagne, sur le problème de l’identité d’un pays et d’une culture confrontée à des valeurs européennes. Il y a Nejat, professeur d’université, et Ali, jeune activiste fuyant son pays ; ils sont les deux personnages centraux d’une mosaïque de destins qui se croisent. Nejat, culpabilisant de par sa réussite alors que ses compatriotes souffrent, décide de rentrer au pays et de se changer en sauveur. Il va se mettre à la recherche de Ali, fille d’une prostituée que son père a maladroitement tuée. Dès lors, s’enchaînent les rencontres hasardeuses, les prises de positions politiques et culturelles (clamant haut et fort la diversité), et tout ça en vue de quoi ? Pas grand-chose, une sorte de salut quand Nejat se retrouve seul face à la mer….

On comprend donc que la médiocrité du film provient du laxisme affiché par le cinéaste dans le traitement des problèmes éthiques et politiques, et cinématographiques, c’est-à-dire dans la façon de montrer les choses et leurs propos un tant soit peu « engagés ». Nejat est une sorte de mort vivant, il se sent coupable de réussir. Durant tout le film, il se remet sans cesse en question, tire la gueule, crie scandale. A la fois fausse et sans queue ni tête, la posture adoptée par le personnage centrale vis-à-vis de son entourage frôle tout simplement le ridicule. Le pire, c’est que de celle-ci en découle une approche pauvre et stéréotypée de la communauté turque : des putes, des problèmes de sexes, d’argent etc. Comment peut-on à ce point tomber dans une telle mièvrerie ? Comment ne pas ressentir une honte et une gêne devant ce portrait collectif ? Les personnages, et leurs situations, sont comme enfermés dans un dispositif narratif erroné mis en place par Akin afin de dénoncer, avec des gros sabots, le problème social des turques en Allemagne.

L’un des problèmes majeurs du film est donc politique. Akin nous trompe et se moque de sa communauté, de ses origines, en ne proposant aucune nuance à son propos : ni ses personnages et ni les scènes du film attestent d’un minimum de vie et de réalisme social. Tout est codé, trompé et détourné au profit de petites scènes arrogantes et inutiles. La scène de la confrontation entre Ali et la mère de Lotte, conservatrice, est le sommet de bêtise atteint par le film, et résume par là la médiocrité du film et du cinéaste : on sacrifie la réalité au profit d’un discours politique mou et sans relief. L’ensemble du film obéit à ce processus dégradant, Akin tombe dans ce piège, piège dans lequel le cinéma « politique » ne doit absolument pas tomber. Qu’il regarde ce qui se passe en France, avec Kechiche par exemple, et là, il apprendra à filmer ses racines et à adopter un véritable point de vue. Derrière la simplicité de La graine et le mulet, se dissimule un discours politique intelligent, clamant haut et fort l’humanité d’une tranche de la société qui, actuellement, pose question.