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LE VOYAGE DU BALLON ROUGE
de Hou Hsiao Hsien
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Simon a 7 ans. Un mystérieux ballon rouge le suit dans Paris. Sa mère Suzanne est marionnettiste et prépare son nouveau spectacle. Totalement absorbée par sa création, elle se laisse déborder par son quotidien et décide d’engager Song Fang, une jeune étudiante en cinéma, afin de l’aider à s’occuper de Simon.



Ce film n’est pas un simple remake du court métrage d’Albert Lamorisse, de cette brève histoire sans parole faisant 36 minutes à tout casser (certains dicos pencheraient pour 35 minutes), de cette fable peu ou prou réaliste-socialiste, plus ou moins poético-naturaliste, de cette production à la soviet, pas vraiment dérangeante, formatée pour Cannes ou pour l’étranger – le film remporta d’ailleurs un oscar, si le docteur ne m’abuse. C’est devenu, en 2008, un film gonflé aux hormones de la durée médiane dominante, de près de deux heures, donc, dilaté, ou « enrichi », de saynètes dialoguées, pseudo-improvisées, de théâtre filmé, en quelque sorte. Il semblerait qu’on soit passé, en à peine une cinquantaine d’années, du quartier, popu, de Ménilmontant à celui, bobo, de Bastille. On a gardé le motif de montgolfière coco (ou de Mongole fier, cf. Tempête sur l’Asie), télécommandée, de drone apparemment inoffensif, de grosse baudruche récurrente rappelant celle du feuilleton Le Prisonnier. On a conservé les couleurs surannées, patinées, carlabrunies du Technicolor ® d’antan. Le réalisateur Hou Hsiao-hsien, dit 3H (pas seulement à cause de la durée de ses films), a détourné la commande du Musée d’Orsay destinée à fêter les vingt ans de l’établissement giscardien, en partant (ou parlant) d’une des œuvres maison (en l’occurrence : la toile Le Ballon, 1899, de Félix Vallotton), dans l’esprit des courts métrages qu’y produisit dans les années 80 l’excellente Virginie Herbin, en un hommage au film de Lamorisse.

Il a embauché la comédienne la plus cotée hors de France, du moins jusqu’à la môme vert-de-gris-on-s’en-tape : Juliette Binoche. Du coup, la mère qu’incarne notre vedette internationale, une comédienne, fausse-blonde et intermittente du show-business, gagnant apparemment fort bien sa vie en faisant les voix des marottes dans des spectacles destinés à décerveler la petite enfance, vole d’emblée la vedette à son fiston un peu éteint. On est censé s’intéresser aux problèmes quotidiens de cette mère-courage ou mère-célibataire, à ses répéts dans son « atelier » de marionnettiste, à des « master classes » animées à Roubaix-Tourcoing par un maestro ès-Guignolos chinois, à ses démêlés avec un locataire encombrant (excellemment joué par un Hyppolite Girardot pas assez présent selon nous dans le montage final, car le film est tout de même un tant soit peu monté).