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BERLINALE 2008

JULIA

d’Erick Zonca
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Julia, belle quadra rouquine, séduisante et exubérante, a de plus en plus de mal à tenir l’alcool et finit par perdre pied. Une rencontre l’entraîne alors dans un engrenage qui l’amène au kidnapping. Commence alors une fuite éperdue à travers le sud des Etats-Unis, qui s’achèvera au Mexique.



N’accablons pas Zonca. N’aggravons pas son cas. Croit peut-être, après tout, qu’il suffit d’embaucher (ou de débaucher) l’une des plus grandes comédiennes contemporaines (qui a, depuis la rédaction de ces lignes, obtenu, pour une fois, à juste titre, un oscar) pour que le plus dur (le travail) soit fait. Qu’il suffit d’user de quelques clichetons dignes d’un polar à quatre pesos pour que tout le reste (la structure, le récit, la forme) suive. Qu’ont-ils en sus tous ces m’as-tu-vu, ces intermittents néo-riches, à vouloir tourner en anglais ? Z’ont qu’à le faire en mandarin merveilleux, puisque l’empire céleste va pas tarder à atterrir. Faut croire qu les OPA désastreuses du Crédit lyonnais sur la MGM, de Vivendi sur Universal n’ont toujours pas ouvert les yeux des responsables (amnésiques et pas du tout rancuniers) de la chaîne cryptée pour jeunes beaufs, dont les prédécesseurs ont été virés à coups de pompes dans les fesses de l’Hollywoodland... Un film, c’est compliqué. C’est un art. Ou une technique, c’est kif-kif. Ce qui est bon sur l’écran de l’ordi (synopsis, note d’intention, découpage, dialogues, feu vert de l’actrice, accord de la chaîne de télé, etc.) ne l’est pas forcément sur celui de douze mètres de base.

On a donc une énième variation sur la maman et la putain (ou plutôt, si l’on suit la chronologie du récit, sur la catin et la bonne mère), inspirée, à ce qu’il paraît, de Kassavitis, avec, en lieu et place d’une réflexion un tant soit peu sociale, de grosses ficelles psycho-pas-logiques censées justifier le tout et n’importe quoi (du script) et l’invraisemblable (des situations) : l’héroïne, qui est censée être alcoolo, n’est, assez curieusement, jamais en manque au petit matin ; alors qu’elle ne semble pas avoir spécialement besoin d’argent (on ne sait pas très bien comment elle gagne sa vie, mais ce n’est pas grave, la donnée économique, ne disons même pas politique, n’étant pas un souci pour les néo-bobos qui pondent ces films à la chaîne), elle se fait embobiner par une voisine, tout ce qu’il y a de plus insupportable et collante (de ces gens que tout un chacun aurait le réflexe de fuire illico presto), fréquentant le groupe d’alcooliques anonymes où la protagoniste s’est rendue ; la demande extravagante, à mi-chemin entre la mission de l’arche de Zoé et de la pratique des Farcs et attrapes, ne semble pas heurter les convictions de notre rouquine.