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BERLINALE 2008

UNE FAMILLE CHINOISE / ZUO YOU

de Wang Xiaoshuai
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Mei Zhu et Xiao Lu sont séparés, chacun a refait sa vie, mais ils restent liés par leur fillette. Ils apprennent que celle-ci est atteinte d’une leucémie, et qu’il existe peut-être une solution pour la guérir : avoir un deuxième enfant...



Après un test à blanc destiné à vérifier le sous-titrage sino-briton (« à gauche, à droite »), on découvre une sorte de Belleville plus vrai que nature, si tant est que cela soit possible, une banlieue chinoise, de nos jours, tout embuée de mousson et/ou de pollution résultant, entre autres, d’un trafic automobile assez dense, quoique fluide – c’est pas encore Ménilmuche le week-end après-midi, mais on s’en approche. La jeune femme fait des allers et venues en RER, travaille pour une agence immobilière et organise des visites d’appartements semi-meublés pour de jeunes couples qui ont du mal à se décider – les meubles étant, apparemment, rares ou chers en Chinetoquie, ils sont le premier critère en matière de choix, avant l’emplacement, l’orientation, la vue ou la superficie du logement. Le téléphone portable de la jeune femme – cet objet jouera un rôle important tout au long du film et montre, en tout cas, que les Sinosiens sont assez “méridionaux” car ils adorent tchatcher –, sonne pour lui annoncer que sa fillette ne se porte pas vraiment bien. On entre illico presto dans le mélo, là où l’avait laissé Griffith (David Llewely Wark, pas Melanie). On a droit à la totale, comme dans un roman-photo italien des années soixante : à la leucémie, à la chimio (inefficiente), au compte à rebours ou la recherche d’un donneur d’os à moelle (ou plutôt de moelle osseuse) compatible, sans parler des problèmes quotidiens. L’ancien mari de l’héroïne, qui est entrepreneur, a, comme tout le monde, du mal à joindre les Jean-Jacques Debout et accumule le retard pour payer les ouvriers du chantier en cours (une Grande muraille d’HLM).

On est très oral : ça cause au téléphone, ça débat sur tout et ça n’arrête pas de cloper à tout bout de zan. Ça culpabilise pas mal aussi : on a honte de la maladie, du cancer, de la leucémie. Les gens portent des masques hygiéniques, comme en Nipponie – pour se protéger de la peste ou pour éviter de la propager. Les chambres d’hosto sont à, au moins, six lits, en tout cas dans les services pédiatriques. Le film (tout film), aussi narratif ou « fictionnel » soit-il, laisse entrevoir, à l’insu de son plein gré, des pans entiers de réel. C’est ça qu’est chouette : nous sommes tous, peu ou prou, des voyeurs de hors-champ, des gens qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Le comédien baraqué, au look fassbindérien, qui joue le pater familias number one, se trimballe tout le temps avec une sacoche en toile sous le bras gauche, comme jadis, dans les années 70, les agents de la RATP qu’on identifiat à leur sacoche en simili skaï portée en bandoulière, ce « vanity » relevant aussi, il faut bien le dire, du baise-en-ville. Il a ainsi tout son petit nécessaire de bureau sur lui : ses clopes, son mobile (non apparent), ses condoms, etc. L’acteur est, soit dit en passant, excellent, comme, du reste, l’ensemble de la troupe – la jeune divorcée nostalgique du bon vieux temps, le second mari, pauvre et bon bougre qui n’en pense pas moins, dévoué à la cause du peuple et respectant ses lois en matière de repeuplement (on est passé d’un à deux enfants, faudrait pas non plus abuser et en désirer un troisième, non plus, hein ?), l’hôtesse de l’air qu’on reconnaît à son tailleur bleu marine, à son petit foulard à rayres et à son trolley…