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BERLINALE 2008

MY WINNIPEG

de Guy Maddin
Par Nicolas VILLODRE


Winnipeg, c’est, plus ou moins, le trou de balle de l’Amérique du Nord, son centre, comme la Gare de Perpignan est, si l’on en croit Dali, celui du monde, du pays profond. Cœur du Canada, ville phare de la province du Manitoba, au confluent des rivières Rouge et Assiniboine, belle endormie, dont on ne parle en France qu’une fois tous les quinze ou vingt ans – la dernière occurrence, ce devait être dans l’émission de télévision « Surprise, sur prise » du farceur moustachu Marcel Béliveau, qui reprenait une chanson à la gloire de ce bled perdu. C’est dans cette péquenaudie (le coin serait, d’après Wikipédia, le plus grand marché aux grains du monde) qu’est né le faiseur de films Guy Maddin, dont on a déjà eu l’occasion de parler ici même (cf. http://www.objectif-cinema.com/spip.php ?article3923). Ce Winnipégois pur jus d’érable a réalisé un poème cinématographique, une ode à sa ville natale, accompagnée de musique comme du temps de Pindare et, à l’occasion, comme lors de l’avant-première berlin(al)oise, d’un commentaire « live » à l’ancienne – l’auteur jouant alors les bonimenteurs du muet, période qui continue à le travailler. Dans l’ensemble, le film est en noir et blanc, apparemment tourné en 16 mm puis gonflé en 35 pour son exploitation en salles.

En Allemagne, la technique n’étant plus ce qu’elle était – heureusement qu’il nous reste la précision suisse –, une des deux bases de projection de la salle où l’on montrait My Winnipeg a vu sa lampe expirer en plein milieu de la séance, ce qui, dans un premier temps, a donné un coup de jeune au film, qui est passé du statut d’objet touristico-cultu(r)el rétro à celui d’œuvre de cinéma élargi (ou, si l’on préfère, rétréci, façon The Song of Rio Jim, 1978, de Maurice Lemaître, le film étant à ce moment-là réduit à la bande son qui a continué à défiler en salle). Et l’auteur, pendant un moment du moins, a alors fait preuve de maîtrise de soi, d’élégance et d’humour (il a décrit les images auxquelles on a échappé). Avant de déguerpir en coulisse, le temps qu’on trouve une solution à cet incident technico-diplomatique, car la loi exige toujours, ici comme ailleurs, que le Spectacle continue. On a donc fini de débiter la bobine entr’aperçue sur le seul projecteur encore en état de marche, mais on a dû, une nouvelle fois, interrompre la séance pour recharger la machine d’un gros rouleau pouvant contenir, bien tassée, toute la dernière partie du film, ce qui, compte tenu de l’ambiance et du bon esprit du public indigène, s’est somme toute passé (déroulé serait plus juste) en douceur, dans la joie et la bonne humeur.