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BERLINALE 2008

LAKE TAHOE

de Fernando Eimbcke
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Juan (Diego Cataño) a causé un accident avec la voiture de ses parents. Par une chaude et interminable journée d’été mexicain, le héros part à la recherche d’une pièce détachée pour remettre sa voiture en état. En chemin, il fait la connaissance de différents personnages : Don Herber, le mécanicien paranoïaque, et sa chienne Sica ; une jeune mère nommée Lucia ; et enfin, David, le hooligan spécialiste d’arts martiaux. Tous ces personnages l’aident à assumer progressivement la mort de son père.



C’est, sans conteste, le meilleur film vu en compétition à Berlin (il a d’ailleurs eu le prix Alfred Bauer, qui fut directeur de la berlinale de 1951 à 1976, mais aurait tout aussi bien pu obtenir l’Ours d’or à la place du film brésilien, qui serait, à ce qu’il paraît, voyeuriste, facho, à l’éthique et l’esthétique très Téle-Globo). Bourré d’idées, de trouvailles visuelles, de gags sonores (ce qu’il y a de plus difficile !), peuplé de personnages indolents et attachants, hanté par la désolation et la mort, et très gai en même temps (il est vrai que nous sommes au Mexique), ce petit joyau poétique et spirituel, proche du cinéma expérimental, agence quelques points de vue, toujours les mêmes, qui scandent le récit (l’œuvre est narrative mais minimaliste) et lui donnent l’apparence d’un film structurel – de ceux qu’on réalisait à la truca en 16mm dans les années 70.

Le réalisateur, Fernando Eimbcke, situe l’action dans une petite ville de l’Etat du Yucatan, au sud-est du Mexique et parvient, assez paradoxalement, à dilater et à condenser le temps en juxtaposant des plans-séquences où il ne se passe pas grand chose, comme le faisait le jeune Antonioni (sauf qu’ici, on ne déprime à aucun momennt), à des plans sans image, plus que des transitions ou de simples fondus et autres fermetures/ouvertures au noir. Le cinéaste produit ainsi, dès l’entame, une variété d’ellipses au pouvoir suggestif indiscutable. Des pauses dans le récit (des micro-siestes, en somme, si l’on peut dire, comme celles que préconisait Dali : le peintre s’assoupissait, un objet métallique à la main, et se réveillait dès qu’il entendait la chute de la clé, cuiller ou pièce de monnaie) stimulant l’imagination du spectateur. Le tout agrémenté d’échos et d’effets sonores cocasses.