Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

BERLINALE 2008

CHERRY BLOSSOMS
KIRSCHBLÜTEN-HANAMI

de Doris Dörrie
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Lorsqu’elle apprend que son époux Rudi est atteint d’un mal incurable, Trudi décide de partir avec lui en voyage à Berlin pour rendre visite à leurs enfants. Mais Trudi succombe brusquement la première...



Doris Dörrie n’a pas vraiment la cote, côté cinéphiles, outre-Rhin. Une réputation de tâcheronne bien en cour (elle n’a apparemment aucun souci pour pondre, chaque année, son bidule, généralement destiné à la télé locale, et ce depuis 1976), précédait, pour une fois, la vision du film – généralement, on s’abstient de s’ « informer », ou de se déformer, avant une projection, pour découvrir l’œuvre sans a priori : on se borne à noter le titre, l’heure et le lieu de sa monstration. Du coup, la surprise a été plutôt bonne, puisque l’œuvrette n’est à aucun moment ennuyeuse, malgré sa durée extravagante, ni prévisible – pour une fois, on a écrit un scénario cohérent, avec des rebondissements et même quelques gags réussis, ce qui est loin d’être évident. Certes, ce n’est pas vraiment un film, puisque l’image est en vidéo et que sa destination finale (ou première) en est cette chaîne à prétention culturelle qui est, qu’on le veuille ou non, en matière de cinéma en tout cas, celle du goût moyen franco-allemand. D’ailleurs, l’idée d’introduire le butô dans ce genre de production paraît forcée, plaquée, artificielle, un peu comme si la cinéaste bobo s’était dit (elle est aussi l’auteure du scénar) : cela fera chic et cela plaira forcément aux gogos de la chaîne – ce qui a été le cas.

A cet égard, comme disaient les hommes politiques d’il y une vingtaine d’années, le choix des « danseurs » est plus que discutable : ils sont vraiment faibles techniquement et n’ont pas grand chose à exprimer. On sent qu’ils sont là pour la forme, pour meubler, qu’ils ne servent que le projet, le fantasme, l’idée de départ telle que jetée sur le papier. Ce qui n’est pas le cas des comédiens. Car si le téléfilm fonctionne, c’est grâce à eux, donc au casting. Et aussi à la direction d’acteurs, au tempo qui finit par se dégager de leur jeu, aux temps forts comme aux temps morts. Frau Dörrie fait preuve d’une expérience et d’un talent assez remarquables dans ces domaines.

Le personnage central, sorte d’Allemand sexagénaire tout ce qu’il y a de plus moyen, finit par dégager une profondeur, une humanité rares. La comédienne qui joue sa femme est un peu plus prévisible dans son style. Dans l’ensemble, il faut bien dire que toute la troupe est excellente, comme quoi il y a, en Allemagne, et en Grande Bretagne du reste, une réserve de comédiens excellents (et pas de simples cabots) dont on n’a pas vraiment idée en France – sinon, on ferait appel à eux, plus souvent, comme dans les années 60, du temps des productions internationales, des studios et des grandes compagnies européennes.