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BERLINALE 2008

RETROSPECTIVE BUÑUEL

Le court métrage Las Hurdes (ou Terre sans pain)
Par Nicolas VILLODRE

Dans le cadre de la Berlinale, les spectateurs sevrés de tickets aux séances soi-disant de prestige (sélection officielle, films avec ou de stars, certains programmes du Forum) pouvaient toujours se réfugier dans les salles où l’on donnait des vieux films. Là, pas besoin de faire la queue – depuis la chute du Mur, il semblerait que ce soit à Berlin, et nulle part ailleurs, que les gens adorent tuer le temps en s’agglutinant en file indienne. Là, pas besoin de montrer patte blanche : les contrôles à l’entrée sont moins rigoureux et on n’exige pas les cartes correspondant aux couleurs des tickets auxquels on est censé avoir droit. Là, si on arrive avec quelques minutes de retard, ce n’est pas bien grave : les hôtesses vous laissent entrer et vous installer où vous voulez.



On a donc pu revoir le chef d’œuvre du film documentaire de Buñuel, Las Hurdes (ou Terre sans pain), court métrage surréaliste et cruel produit dans les années trente (tourné en 1933 et sorti en 1937, en pleine Guerre civile espagnole avec un commentaire et un carton final enflammé en faveur naturellement du camp républicain).

Le film n’a pas vieilli. On avait oublié la séquence du début qui décrit de manière ethnographique un rite rappelant les fantasias arabes et le polo persan auquel on a, depuis un certain temps, heureusement, renoncé, se déroulant dans le village le plus riche de toute la région, entre Salamanque et le Portugal : La Alberca (cf. http://www.danse-light-magazine.com/spip.php ?article236) : il s’agit, pour chacun des jeunes mâles du village, les mariés de l’année, tout en chevauchant leur monture, d’arracher à la main la tête d’un coq vivant accroché à une corde par ses ergots au milieu de la rue principale, pas loin de la plaza Mayor, On a la description froide, clinique, de la vie misérable, arriérée (le mot moyenâgeux est trop souvent employé à tort et à travers), de la population des villages La Aceitunilla, Martinandran, Fragosa : les enfants y meurent prématurément, sont victimes de la malaria ; la procréation limite incestueuse, en tout cas en vase clos, a produit des générations de « crétins » à la Zurbaran ou à la Ribera et, les vitamines et l’iode étant rares, d’individus à goitre ; les femmes survivent en gardant les orphelins des villages voisins ; la morale chrétienne est sauve puisque, fataliste, ce peuple analphabète obéit à la loi de la propriété privée : « respecte le bien d’autrui ». La survie est la seule préoccupation des habitants des Hurdes. Une veilleuse de nuit, parcourant les ruelles de la Alberca semble dire : « Il n’y a rien qui tienne mieux en éveil que de penser à la mort ». Telle est la conclusion de Buñuel.

Dans ce film, comme dans le court métrage de propagande, quelque peu stalinien sur les bords, qui était projeté en première partie au Cinemaxx, España leal en armas (1937), réalisé par… Jean-Paul Le Chanois, d’après une idée de Buñuel et avec un commentaire du Surréaliste coco Pierre Unik (mort en 1945 en tentant de s’évader d’un camp de concentration), tout le sens repose sur le contenu de la voix-off. Les mêmes images ont pu être utilisées (et l’ont été) par l’ennemi en changeant purement et simplement la piste sonore.






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