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CIARAN HINDS
Acteur
Par Andrea GRUNERT

Dans le premier volet de Rome, la série co-produite par la BBC et HBO (2005-7), Ciarán Hinds brille dans le rôle de Jules César, révélant un personnage contradictoire, énergique, avide de pouvoir dont la cordialité est feinte, le charme un simple masque. Hinds réussit à faire ressentir les facettes multiples du personnage et toute la fascination qui en émane. Né à Belfast en 1953, íl fait partie de ces acteurs irlandais du Nord et du Sud tels que Liam Neeson, Gabriel Byrne et Colin Farrell qui, travaillant en Europe et aux États-Unis, ont réussi à faire une carrière internationale. Ayant abandonné ses études de droit au Queen’s College à Belfast, il est entré à la Royal Academy of Dramatic Arts à Londres. Son premier rôle au Citizens Theatre à Glasgow, avec lequel il a collaboré jusqu’à la fin des années quatre-vingt, était l’arrière d’un cheval imaginaire. Son Richard III. figure parmi ses rôles mémorables à Glasgow. S’il faisait partie, tout comme son ami Neeson et Byrne, de la distribution d’Excalibur (USA/Grande-Bretagne, 1981) que John Boorman a tourné en Irlande, Hinds n’a pas tout de suite enchaîné avec d’autres rôles à l’écran. Continuant sa carrière sur les planches de théâtre, il faisait entre autre partie de l’équipe du Mahabharata de Peter Brook pendant la tournée mondiale et dans la version télévisée. S’il est un acteur sur qui la critique ne s’est pas encore beaucoup penché, c’est sans doute dû au fait que malgré une filmographie très impressionnante de soixante films tournés pour le cinéma et la télévision, les grands rôles se font plutôt rares, du moins au cinéma.



DISPARAITRE DERRIERE DES MASQUES

Une masculinité en crise

Dans December Bride (Grande-Bretagne/Irlande, 1990) de Thaddeus O’Sullivan, son premier rôle important au cinéma, Hinds joue Frank Echlin, un jeune paysan, membre de la communauté presbytérienne en Ulster. L’action du film, située à la fin du XIXème siècle au bord du Strangford Lough au sud de Belfast, porte sur un ménage à trois que le film décrit comme une communauté utopique : vivant ensemble par nécessité, intérêt et désir, Frank, son frère aîné Hamilton et leur servante Sarah Gomartin jettent un défi à la moralité rigide de leur environnement. Frank est un homme taciturne qui exprime son désir sexuel porté sur Sarah par le regard et les gestes plutôt que par la parole. Sa façon de l’observer dévoile son désir et sa jalousie. Les gestes économes de l’acteur se prêtent parfaitement au mutisme du personnage dont la vie est déterminée par le dur labeur dans la ferme isolée et un concept existentiel basé sur l’austérité.

Le personnage de Frank Echlin au début de la carrière cinématographique de Hinds annonce un penchant pour des personnages ambigus, permettant à l’acteur d’explorer les déchirements intérieurs en faisant de ces hommes les représentants d’une masculinité en crise. Il en est ainsi pour les deux téléfilms où Hinds joue des personnages connus de la littérature anglaise du XIXème siècle, à savoir le capitaine Wentworth dans une adaptation de Persuasion (Grande-Bretagne/France/USA, 1995) de Jane Austen, et Edward Rochester dans Jane Eyre (Grande-Bretagne, 1997) de Charlotte Brontë. Interprété par Hinds, Wentworth est un homme énergétique et sûr de lui. Ce conteur charmant devient le centre vital de la petite communauté rurale endormie. Il est aussi un homme qui, en dépit des conventions, ne cache pas ses émotions. Quand il retrouve son meilleur ami, il donne libre cours à sa joie sans porter attention à la pauvreté de la demeure qui choque les amis qui l’accompagnent. L’indifférence qu’il témoigne envers Anne qui, huit ans auparavant, avait refusé sa demande au mariage, n’est qu’un masque derrière lequel il dissimule sa déception. L’acteur n’exprime l’état d’âme du personnage que par une mimique et des gestes allusifs. Wentworth arrive plein d’élan chez Mary, la soeur cadette d’Anne. Quand il aperçoit cette dernière, ses traits se figent, invitant le spectateur à ressentir sa colère à peine perceptible. Un instant plus tard il retrouve son équilibre et cause avec Mary comme si de rien n’était. Le film vit des tensions sous-jacentes entre Anne et son ancien soupirant qui sont aussi révélées par le jeu des acteurs. Ainsi au moment d’une rencontre d’Anne et de Wentworth dans un café à Bath, c’est elle qui prend l’initiative. Lui, toujours amoureux d’elle, n’arrive pas à surmonter sa confusion grandissante. Son embarras est traduit par des questions futiles et par le jeu : le balbutiement, les mouvements d’habitude élégants cédant le pas à la maladresse.