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24 H CHRONO
Le Mythe du « Temps Réel »
Par Nicolas ONNO

« Ces événements se déroulent entre… » 24 épisodes, 24 heures. Depuis sept ans, la série culte expérimente la méthode de la concordance.

Ulysse, de James Joyce, est un pavé relativement imposant. Pourtant, tout au long de ses mille pages, il ne fait que conter, heure par heure – le lever, le pub, une ballade sur la plage, encore le pub –, la journée banale d’un Irlandais, Léopold Bloom, semblable à toutes les autres. Il s’agit du 16 juin (1904). Depuis, chaque année, à Dublin, le Bloomsday commémore cette célèbre page littéraire.



24 Heures chrono (ou 24) n’adopte pas vraiment le même principe. Les sept jours – la FOX diffusera la septième saison dans le courant 2008 (1) – de Jack Bauer sont exceptionnellement denses. Complot ourdi en vue d’assassiner le président des Etats-Unis, attaque au gaz mortel contre Washington et Los Angeles, criminels de guerre serbes en cavale. La fin de chaque heure coïncide pile avec la résolution d’une éprouvante intrigue. Un épisode épousant le format normatif et pratique du support TV – une quarantaine de minutes –, au bout du compte la journée marathon de Jack aura duré seize heures, soit huit de moins que promis par le pitch. Le sablier à cristaux liquides de 24 s’« échappe » bien plus vite que dans la réalité.

COMME UN THERMOMETRE

Le concept a inspiré les Anglais de Golden Hour, qui accompagne, « en temps réel », les médecins chargés d’intervenir lors de la phase critique sur les lieux d’un accident, soit dans l’heure qui suit les faits. Une histoire dure 90 minutes environ. Les prouesses des quatre héros sont entrecoupées de nombreux flash-back sur leur vie privée, ainsi que le point de vue des victimes explicitant le déroulement de la catastrophe, un peu comme dans Les Experts. Là encore, hormis cette légère concession, on retrouve le fameux modus operandi.

Du gousset au triple cadran, en passant par « Big Ben », le genre a longtemps eu recours aux bijoux horlogers afin de distiller angoisse et suspense, voire saisir le temps qui reste avant la tragédie. Les innombrables Piège de Cristal, Titanic ou Volcano n’y dérogent pas. Tout un chacun se rappellera l’habile MacGyver, enfermé dans des centrales nucléaires en surchauffe, luttant avec son couteau suisse contre un compte à rebours implacable. Ou encore le temps suspendu lors du désamorçage de bombes à retardement au cours de certains Mission Impossible.

Sauf que, ici, désormais, plus besoin de regarder sa montre, ou de tourner la tête vers la pendule, le chronographe s’inscrit directement à l’écran. A toute vitesse, les secondes défilent. Au bruit d’un tic-tac électronique plutôt stressant et très japonais. Idem, la mode des docus-fiction catastrophe (Tchernobyl, Krakatoa, Katrina…) obéit aux nouvelles règles d’usage, découpage effréné mais ralenti ou accéléré selon l’importance du fait relaté. La première heure paraît parfois plus longue que les quatre suivantes, et pour cause. Comment mesurer le point limite ? Et atteindre le paroxysme, comme sur un thermomètre ? L’équilibre est délicat : le « patient » est ainsi averti de l’imminence du désastre seconde par seconde, comme montré sur le poste.

Une ficelle narrative qui s’appuie sur les progrès de la technologie. Dans la série à succès Prison Break, l’évasion de Fox River est rythmée par le joujou à quartz (assez peu esthétique) qui obsède « Gueule d’Ange » en permanence, synchronisation oblige. Le minutage doit être parfait, « chaque seconde compte », impossible de recourir aux bonnes vieilles aiguilles, par trop aléatoires.