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BRIAN DE PALMA
Les images ou comment chercher le vrai
Par Guillaume RICHARD

Avec la sortie de Redacted, De Palma confirme qu’il est un des plus grands cinéastes de l’image et de ses pouvoirs. De ce fait, est-il uniquement un disciple d’Hitchcock ou plutôt le continuateur d’Anthony Mann ? Et si De Palma était une cinéaste "réaliste" ? L’étude du Dahlia noir et de Mission impossible va permettre de mettre sous un nouveau jour le travail hollywoodien du maître et, de manière globale, son travail en général.


Cinéaste de l’exploration et de la destruction des images, novateur, corsaire du cinéma américain, Brian De Palma passe pour un rescapé, une sorte de philosophe égaré dans son époque comme le fut jadis Platon ou Socrate. Il interroge et remet en question l’ensemble d’une culture, avec pour totem l’image, et plus fondamentalement un mode de fonctionnement du cerveau humain dans sa quotidienneté la plus simple : le mensonge des représentations comme mécanisme générateur de l’existence. En effet, qu’est-ce une image, une représentation traduite en image ? Dit-elle toujours la vérité ? Quels impacts peut-elle avoir ? De Palma cherche à briser ces questions lorsqu’il pourfend les simulacres et les idées reçues, traduite en image. Le réel est autre chose, il parle de lui-même et par lui-même avec ses moyens d’expressions propres. C’est ce réel brut, cette réalité à la fois cinématographique et historique, que De Palma cherche à travers tous ses films, un peu comme le montre L’homme qui tua Liberty Valance de Ford. Et lorsqu’il s’attaque au genre hollywoodien par excellence, avec Mission Impossible ou l’excellent Dahlia noir, c’est pour y manifester des opérations semblables : quitter le faux, retrouver le vrai.

De Palma, malgré son style racoleur et provocant, symbolise la diversité culturelle de 30ans de cinéma américain, au même titre que Scorsese et Cie. Rappelons que c’est à lui, et à toute la génération du Nouvel Hollywood, que l’on doit le renversement du cinéma américain, au sens ou ils ont sensiblement modifié la vision de l’Amérique et de l’imagerie hollywoodienne. La tradition résidait dans le western, la comédie musicale, les films de genres etc., dont les chefs de files se nommaient Ford, Hawks, Minnelli, Walsh… Avec les De Palma et consort, emboîtant le pas de la modernité européenne (nouvelle vague, nouveaux cinémas…), l’action se déroule dans la rue, dans l’envers du décor, nous y découvrons le coté noir du mythe hollywood. Le temps des héros et des idoles laisse place à l’Amérique des loosers, une Amérique violente et décrite sans concession. Quelle place y occupe De Palma ? Un simple continuateur de l’œuvre d’Hitchcock ? Non. Hitchcock, c’est encore la tradition, le cinéma à l’état pur ; tandis que De Palma utilise les références hitchcockiennes pour explorer un nouvel univers personnel pulsionnel et tragique, celui des dérives d’une société en crise d’identité.