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La narration de L’heure d’été est, elle aussi, particulièrement moderne. D’abord dans son refus de tout pathos, le conflit entre les frères et sœurs étant toujours montré dans ses moments les plus doux et les moins dramatiques. La seule tension, lorsque les deux frères commencent à s’engueuler chez le notaire, est rapidement désamorcée dans la scène suivante, Assayas préférant finalement montrer le lien qui les unit plutôt que de s’attarder sur ce qui pourrait les séparer. Plus largement, c’est la construction même du film, autour de quelques grandes séquences reliées entre elles par des fondus au noir, qui expriment la singularité. Assayas refuse une narration linéaire, qui suivrait chronologiquement le destin de chacun, et procède par ellipse, ce qui rend encore plus palpable le vécu des protagonistes. Dans cette occurrence, la façon dont ces derniers disparaissent progressivement du cadre pour laisser place à d’autres, est très originale et donne toute sa pertinence au propos développé par Assayas.

Un propos qui confirme, dans la continuité des Destinées sentimentales, le fort ancrage d’Assayas dans le cinéma français. Le lieu (Paris et ses alentours), le milieu (une bourgeoisie intellectuelle et artiste), le sujet (la famille), tout concours à intégrer le film dans une logique intimiste typiquement française, souvent décriée, mais qui possède, lorsqu’elle est produit avec talent et sincérité, une grande valeur. Notamment dans cette capacité, inégalée à ce jour, à montrer la vérité des sentiments, y compris les plus intimes.

Le début du film est à cet égard révélateur. Dans le cadre idyllique de la maison familiale, les personnages évoluent avec un naturel confondant, tous magnifiquement interprétés par des acteurs au plus haut de leur talent (mention spéciale quand même à Jérémie Rénier dans le rôle ingrat du cadre sup aux dents longues). Par la suite, les nombreuses autres scènes de groupe possèderont le même naturel, la même capacité à faire ressentir au spectateur le réalisme d’une situation, y compris dans ses aspects les moins agréables, comme cette réunion de technocrates du ministère de la culture.

Mais le talent d’Assayas ne se limite pas à cet aspect, au risque d’ailleurs de buter sur l’écueil de l’élitisme naturaliste, mauvais penchant du cinéma français. Son dessein est beaucoup plus ambitieux, magnifiquement rendu par deux plans qui clôturent la scène d’ouverture. Dans le premier, après le départ des enfants, la mère remonte les grands escaliers qui conduisent à la maison ; dans le second, quelques minutes plus tard, elle est assise dans la pénombre d’une des innombrables pièces. Deux plans très sombres et magnifiquement composés, qui en disent long sur la tristesse de vieillir et l’abandon qui en découle. Un fil directeur qu’Assayas maintiendra tout au long du film, en l’amplifiant pour aboutir à une réflexion forte sur la mort et le temps qui passe.