Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

img15238
UN BAISER S’IL
VOUS PLAIT

d’Emmanuel Mouret
Par Mathias HEIZMANN

SYNOPSIS : En déplacement pour un soir à Nantes, Emilie rencontre Gabriel. Séduits l’un par l’autre, mais ayant déjà chacun une vie, ils savent qu’ils ne se reverront sans doute jamais. Il aimerait l’embrasser. Elle aussi, mais une histoire l’en empêche : celle d’une femme mariée et de son meilleur ami surpris par les effets d’un baiser. Un baiser qui aurait dû être sans conséquences...



Établir des filiations a toujours semblé, aux yeux des critiques, le plus passionnant des exercices. Dans le cas d’Emmanuel Mouret, les références ne manquent pas : Jacques Mandelbaum croit le saisir en cherchant du côté de Fernandel et de Jean-Pierre Léaud, d’autres ont cité Romer et Woody Allen ou bien encore Buster Keaton.

Au risque de paraître iconoclaste, je ne suis pas certain que l’on comprenne mieux le caractère particulier de ses films en remontant aux origines de la comédie américaine (quand bien même Emmanuel Mouret la citerait en exemple), ou en cherchant chez lui les traces d’un Pagnol ou d’un François Truffaut.

Ainsi, il me semble que la figure de séducteur maladroit qui hante ses films ne présente pas tant d’intérêt en tant que tel. Voir en Emmanuel Mouret un Woody Allen marseillais revient à oublier que, dans Un baiser s’il vous plaît – et, dans une moindre mesure, dans ses précédentes réalisations -, c’est la structure narrative qui fait tenir son personnage debout. D’où l’importance du récit dans ce très beau film toujours en demi-teintes, récit traité sur un mode cinématographique cela va sans dire… On a déjà trop dit pour ne pas aller plus loin. Trahissons donc un secret de polichinelle en résumant le film : un homme rencontre une femme. Ils se plaisent, mangent au restaurant, s’attardent un peu. Lorsqu’il veut l’embrasser – « pour le souvenir », dit-il — elle le repousse. La raison de ce refus, c’est le film tout entier !

On parle donc beaucoup dans Un baiser s’il vous plaît. Cela n’est pas nouveau chez Emmanuel Mouret, mais ici la parole prend un sens particulier. Pour avoir confondu langage et émotion, les personnages du récit enchâssé ont vu leur vie basculer : un baiser amical devait aider Nicolas à retrouver le chemin de la sérénité (sérénité perdue après une rupture traumatisante). Son amie Julie, quant à elle, ne devait rien ressentir, son amitié ancienne devant servir de garde-fou. Mais le langage est souvent là pour masquer le réel. Et ce baiser amical ouvrira la voie à une passion naissante. La suite est plus complexe et je ne souhaite pas en raconter plus. Ce qui importe ici, c’est la représentation du désir dans les différentes strates du film et la place du langage dans sa mise en abîme : désir refoulé dans l’histoire rapportée, désir repoussé chez celle qui la raconte. La beauté du film se situe précisément à la jonction du corps et de la parole, corps rendu vivant par la grâce des images qui nous sont offertes.