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LA BANDE SON
de Fabien Ruiz, accompagné d’Éric Toulis et de
Brahim Haiouani
Par Nicolas VILLODRE


Les récentes festivités autour de Méliès, les nombreuses séances de films muets accompagnés de musique « live » par des personnages souvent effacés faisant peu ou prou partie de la « scène » électro, les projections rituelles « Retour de flamme » offertes par Lobster, le souvenir, pas si lointain, des séances de « Ciné-Mémoire » où la moindre pelloche était supportée au minimum par l’orchestre de la BBC au grand complet dirigé par sir Colin Davis, des films oubliés des années vingt servant de point de départ aux exploits d’un François Couturier ou d’un Dominique Pifarély, l’ombre des burlesques du fonds de la Cinémathèque belge sonorisés, dos à l’écran, par Fernand Schirren, les Lubitsch du filmmuseum de Münich sur lesquels pianote subtilement Aljoscha Zimmermann, le cycle du Louvre « Du muet au parlant, expérimentations sonores au cinéma », tout cela a remis au goût du jour la pratique, vieille comme le ciné, de projections de nos jours dites « spéciales », faisant du matériau filmique un prétexte à un spectacle le magnifiant, l’élargissant. Stéphane Grappelli rappelait lui-même qu’il avait fait ses débuts comme pianiste accompagnateur de films muets, sur les grands boulevards.

Dans cette ligne artistique à tendance plutôt jazzistique, le collectionneur de films et tap-dancer Fabien Ruiz, accompagné d’Éric Toulis et de Brahim Haiouani, a conçu un spectacle susceptible de réjouir le jeune public comme les grands enfants que nous sommes demeurés (c’est le verbe qui convient !). La chose se présente sous la forme d’une conférence des plus sérieuses ayant pour point de départ l’art d’accommoder les restes du muet, celui d’arranger, de bruiter, d’enrichir en direct les dessins animés en noir et blanc des années trente. La bande son désigne donc le travail qui se fait au su et au gré du spectateur, à vue, en même temps que le groupe ou la troupe, une formation de jazz réduite au strict minimum. Aidés d’instruments comme la guitare, le piano, le petit clavier d’enfant genre « Melodica Hohner », la contrebasse, l’hélicon (ou plutôt la contrebasse à vent), le bugle, le kazoo (ou mirliton), le banjo, etc. et d’accessoires, d’éléments de bruiteurs disposés en batterie, le trio déploie un large spectre instrumental et vocal, donne le change. On a vraiment l’impression que cela le fait.