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LE PREMIER VENU
de Jacques Doillon
Par Antoine BENDERITTER

SYNOPSIS : La fille a une vingtaine d’années, elle est issue d’un milieu bourgeois. Elle cherche à donner un peu de lumière et de légèreté à sa vie, qu’elle voit comme très insuffisante et inutile. Sans l’intensité qui lui est nécessaire. Elle décide de donner son amour. Pas au plus séduisant, ni au plus méritant ou au plus admirable, non, ceux-là n’ont pas besoin d’elle, elle donnera son amour au « premier venu ».



LE PREMIER VENU

Rencontrer, mourir un peu, puis renaître

Un parti pris : l’authenticité. Tenter de capter le « vrai ». L’intention est flagrante d’entrée de jeu : le récit s’ancre sous le ciel laiteux de la Normandie ; nous voyons, durant les premières minutes, un parking, une route, un petit appartement. Grisaille et banalité. De surcroît, les acteurs sont tous non-professionnels. Les situations et les dialogues se veulent authentiques, même si les passages trop écrits abondent. Au lieu des banalités ou des silences attendus, saillent alors des réflexions un rien trop théoriques, par exemple sur la succession des verbes conjugués dans le Bescherelle. En l’occurrence : être, avoir, être aimé, se méfier, puis aimer. Curieuse référence. Comme si la psychologie des personnages et le déroulement de l’intrigue étaient subordonnés à des principes grammaticaux.

Naturel et artifices.

De fait, le souci affiché d’authenticité n’empêche pas Jacques Doillon de se référer amplement à Eric Rohmer, le cinéaste de l’artifice verbal et du jeu de cache-cache sentimental (Pauline à la Plage, Conte d’été...). Durant la première heure du film, on pourrait se croire dans un nouveau Rohmer qui, sans oublier de sacrifier aux jeux de l’amour et du hasard, se serait essayé à une veine naturaliste, teintée d’une touche presque misérabiliste. Notons que cette façon de filmer le désarroi et d’effleurer les limites du sordide, jointe au recours à des non-professionnels, peut aussi faire songer à Maurice Pialat (Passe ton bac d’abord, A nos amours…).