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FEMMES EN MIROIR
de Kiju Yoshida
Par Nicole GABRIEL

SYNOPSIS : Sans nouvelles de sa fille Miwa depuis 24 ans, Ai Kawase apprend par la mairie de sa ville que la jeune femme habite tout près de son domicile mais qu’elle a changé d’identité pour s’appeler dorénavant Masako Ogami. Elle a été identifiée grâce au carnet de santé qu’elle portait sur elle. Bouleversée par ces retrouvailles pour le moins inattendues, Ai en informe immédiatement son ami Gouda, ancien employé de l’état civil, et rappelle au pays sa petite-fille Natsuki, laquelle suit pour l’instant des études aux Etats-Unis. A force de rencontres et d’interrogations, Ai, Masako et Natsuki retournent ensemble à Hiroshima pour reconstruire leur histoire.



La caméra ne danse plus. Au somptueux noir et blanc succède un triste Fujicolor. L’esthétique est presque télévisuelle : banalité de cette première scène où une femme prend l’autobus dans une banlieue–non lieu, avec – seule touche de japonisme – l’ombrelle qu’elle porte en dépit de son costume occidental. Trop sage, le passage du fantasme ou du rêve à la réalité filmée. Finie la liberté d’un montage qui jouait avec le temps. Trop peu de doutes, trop convenue l’image du miroir brisé (un impact de balle ? une toile d’araignée ?), très appuyés les gros plans sur les rétroviseurs. Pourtant, Eros+Massacre et Femmes en miroir se répondent, presque comme les deux volets d’un diptyque. Il est fait la part belle aux figures féminines, à la question cruciale de la filiation, là aussi il y a intrication étroite de plusieurs récits où se croise la destinée personnelle avec le cours du monde. Il semble bien qu’à quelques années près, Yoshida ait voulu célébrer, sur le mode du désenchantement, les quarante ans de mai 1968, l’année de la révolte juvénile.

Pas seulement. Pour la première fois, au soir d’une féconde carrière et d’une interruption de 14 ans durant laquelle il estimait avoir « tout dit », le cinéaste aborde de front la question de Hiroshima. Mais non pas pour apporter un témoignage ayant valeur de protestation universelle, sur le mode de ce qu’ont fait, dès la fin de la guerre et malgré la censure, un certain nombre d’hommes de sa génération dont le plus connu est l’écrivain Kenzaburo Oé, auteur de Dites-nous comment survivre à notre folie et prix Nobel de littérature. De même, Shonei Imamura a fait sensation au festival de Cannes en 1989 avec une adaptation du roman d’Ibuse, désormais classique, Pluie noire qui montre l’éclair nucléaire (le « pikadon ») et retrace la vie de paria des survivants. Au contraire, comme il le confiait récemment sur les ondes de France Culture, l’auteur de Femmes en miroir ; Hiroshima est – et reste – de l’ordre de l’irreprésentable : seuls les morts, dit-il, pourraient témoigner. Il s’agit bien d’une expérience fondamentale, sur le plan individuel et collectif, mais il ne saurait que la « montrer sans la montrer ». On imagine la gageure pour un cinéaste : Hiroshima est, au sens littéral, un souvenir-écran.