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Les stratèges n’oublient pas, bien sûr, qu’intégrer ces séries à dominante allemande, anglaise ou italienne dans leurs grilles les soustrait, en quelque sorte, à l’application draconienne de la législation européenne – la règle des quotas émanant du CSA impose de diffuser 60 % d’œuvres audiovisuelles européennes et 40 % d’œuvres d’expression originale française, en vue de protéger le patrimoine culturel local contre les exportations massives et hégémoniques des médias US (1). En terme d’audience et de rentabilité, la manœuvre est plus intéressante qu’une perpétuelle redif’ de fouineurs germaniques. Faire d’une pierre deux coups en somme.

LE SAVOIR-FAIRE BRITISH

Mais ce sont surtout des mini-séries plus ambitieuses, dont le format – la norme actuelle, pour la fiction british, est de six ou huit épisodes d’une heure environ – permet de ficeler un récit tordu à souhait, sur une durée plus longue qu’imposée dans un long métrage traditionnel de deux heures mais moins éprouvante que neuf mois de tournage à la chaîne pour produire 24 histoires par saison. Il faut compter 38 millions de dollars de budget pour une livrée d’une dizaine d’épisodes soignés des “Tudor”, tournés en Irlande avec le soutien de l’Irish Film Board. C’est à ce prix que Showtime se pose en concurrente d’HBO. “Avant les Ewing, avant les Carrington et avant les Sopranos, il y a eu les Tudor”, remarque-t-on à la direction.

Contraintes réduites de moitié (au moins), les équipes y gagnent probablement en liberté, en densité et diversité. En privilégiant la qualité à la quantité, les producteurs développent un gage de valeur ajoutée, une marque de fabrique reconnue tout autour du monde, jusqu’en Californie. En 2006, Ashley Pharoah reçoit l’Emmy Award international de la meilleure série dramatique pour “Life on Mars”, surprenante variation entre policier et voyage remontant le temps. Dans la meilleure veine de la “tradition BBC”. Un spin-off (“Ashes to Ashes”) a été commandé depuis. Et ABC est toujours sur les rangs pour le remake.

Cet intermédiaire bénéfique est donc un merveilleux créneau pour le passage sur grand écran. Tout comme “Chapeau Melon et bottes de cuir”, fruit d’une – médiocre – adaptation, les cerveaux de Los Angeles, peut-être en mal d’imagination, se jettent sur les bijoux de leurs prolifiques cousins. Si quant à elle la formidable “Blackpool” de Julie Anne Robinson (renommée “Viva Blackpool” pour la diffusion US) est demeurée lettre morte, certains séduisent. Après avoir convaincu sur le câble (BBC America) en 2004, l’imbroglio politico-médiatico-financier de “State of Play” (“Jeux de pouvoir”, sur ARTE il y a peu) trouvera sa place dans les salles américaines en 2009, sous la patte de l’Ecossais Kevin Macdonald, avec Ben Affleck et Russell Crowe. De même que Macdonald, l’Anglais Paul Greengrass, formé aux canons de la BBC et de Channel 4, est aujourd’hui un des réalisateurs les plus en vue d’Hollywood (“Vol 93”, “La Vengeance dans la peau”).