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LA COULEUR NOIR AU CINEMA
Une couleur ayant tissée plus qu’une autre des liens intimes avec l’univers cinématographique.
Par Luc DUVINAGE,
professeur en option Cinéma Audiovisuel au Lycée Bellevue de Fort-de-France.


Nougaro avait l’écran noir de ses nuits blanches, Truffaut sa mariée et De Palma son Dahlia. Quel qu’en soit la nuance, du bleuté au grenat en passant par le pourpre ou l’aubergine, le noirest la teinte de l’univers cinéphilique. C’est du noir originel, celui du projecteur et de la salle, et de par ses jeux avec la lumière, que naissent les images ; puis c’est sous forme de couleur qu’on le retrouve sur l’écran, avec plus ou moins de nuances selon les époques, les genres ou bien souvent les contraintes techniques. Ses fonctions et usages par les cinéastes sont multiples, de la tenue reflétant la noirceur d’âme de Dark Vador à la mise en valeur du regard inquiétant de Bela Lugosi.

Une couleur fondamentale

Sans lumière pas de cinéma. Comme les frères, c’est grâce à elle et à son impression sur un support photosensible que ce que nous voyons peut être capturé dans une camera obscura et être projeté sur un écran. Le noir est indispensable au procédé, il est la matrice permettant la naissance des images. Selon l’intensité de la lumière, ces dernières seront plus ou moins sombres. Obscurité et clarté, ombre et lumière, c’est de leur rapport que naît l’image cinématographique. Le noir est la couleur première, la couleur fondamentale. C’est lui qui domine sur les premières pellicules de l’histoire du cinéma, il est omni-présent.

Mais ce noir est cependant assez proche du gris, la faible sensibilité des premiers films ayant tendance à uniformiser les couleurs. Les progrès de l’industrie chimique permettent de passer des noirs verdâtres des pellicules orthochromatiques aux ébènes profonds ou aux noirs dorés des pellicules Eastman Color.

Cependant, plus les progrès techniques permettaient aux cinéastes d’obtenir les teintes souhaitées, et moins les questions chromatiques semblaient les préoccuper. La généralisation de la couleur dans les années 60 a pénalisé le noir : outre l’abandon quasi-général de la pellicule Noir et Blanc (celle qui impose au réalisateur la question du traitement des noirs), la couleur renforce l’effet de réel et semble plus « moderne », ce qui, symboliquement, rattache encore plus le noir à un cinéma des origines, « dépassé ». Les films en image de synthèse des années 80 marquent même un recul évident dans le traitement des couleurs : celles de Tron - 1er film en image de synthèse de l’histoire du cinéma - sont dues aux processeurs des ordinateurs, qui peinent alors à atteindre les 65 000 couleurs, soit l’équivalent de la « qualité photo ». Les noirs consistent en des aplats homogènes, sans relief et sans nuances.