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VAMPIR-CUADECUC
de Pere Portabella
Par Nicolas VILLODRE

Pere Portabella, producteur, scénariste et réalisateur catalan né à Figueras en 1929, a réalisé en 1970 un film 16 mm en un noir et blanc plus que contrasté, visant, notamment, à rendre hommage aux chefs d’œuvre des années vingt : le titre fait référence au film de Dreyer, Vampyr ; à un moment, le cinéaste s’autorise la coquetterie d’une fermeture à l’iris ; et il s’est soucié du grain d’une pellicule qu’il a cherché à étalonner au mieux...



Ce film au statut un peu étrange relève en premier lieu de ce qu’il est convenu d’appeler le « making of », le « film sur le film », ce que les sémiologues des années 70 nommaient « méta-film », c.à.d. le « film autour du film » (cf. le prototype de ce véritable genre cinématographique, signé Jean Dréville : Autour de l’Argent, qui montre les conditions de tournage acrobatiques du temps de Marcel L’Herbier, à la fin des années vingt). Sauf que le point de vue délivré ici est moins celui de la prod commerciale et en couleur El Conde Dracula / Les Nuits de Dracula / Nachts, wenn Dracula erwacht (1970) de Jesus Franco, que celui, perso, subjectif, lyrique du père Portabella, autrement dit d’un film à tout petit budget, tourné en 16 (gaffe aux poils-caméra !), en NB et, qui plus est, en muet – exceptée la dernière séquence, carrément d’anthologie, dont nous ne révélerons pas le contenu, faite d’un seul tenant, où l’on retrouve la voix unique au timbre envoûtant du grand comédien qui fit la gloire des productions Hammer : Sir Christopher Lee himself (du coup, l’acteur étant devenu synonyme, ou presque, du mythe de Dracula revu et corrigé par cette maison qui a donné des lettres de noblesse à la série B, pas mal de gens, à commencer par le reporter catalan qui en fait naïvement mention dans son générique de début, ont gobé le boniment-marketing d’origine franquiste selon lequel ce film, tout de même un peu « too much » et « too cheap », aurait été une commande de l’illustre compagnie britannique !). Malgré ses nom et prénom difficiles à porter, Jesus Franco (alias, et pour cause, Jess Franco, Jess Frank, J. Frank Manera, Franco Manera, Clifford Brown, Clifford Brown Jr., Frank Hollmann, J.P. Johnson, James P. Johnson, James Lee Johnson, Roland Marceignac, Wolfgang Frank, A.M. Frank, Anton Martin Frank, Rick Deconinck, Adolf M. Frank, James Gardner, Dave Tough, David Khune, Rosa Maria Almirall) a fait une carrière peu commune puisqu’il est parvenu à réaliser, à scénariser ou à interpréter plusieurs centaines de films à lui tout seul ! Ce n’est donc pas n’importe qui. Sorte de Jean Rollin transpyrénéen et boulimique, il est, à juste titre (ou non), devenu « culte » dans les années 90 auprès de jeunes cinémathécaires boutonneux et rétroïdes qui s’encanaillent et tentent d’épater le (petit) bourgeois amateur de kitsch ou de « gothique » qui sommeille en nous (nous qui avons connu les doubles séances du Brady, qui lisions Creepy, Eerie et Vampirella, qui admirions Richard Corben, Frank Frazetta et Esteban Maroto, au début des années 70), en programmant des films de série Z qu’ils feignent de confondre, sinon avec le nec plus ultra de l’avant-garde, du moins avec ce qu’ils osent appeler, sans trop se poser de questions, la « modernité » (sic !).