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BATMAN :
LE CHEVALIER NOIR

De Christopher Nolan
Par Guillaume RICHARD

SYNOPSIS : Batman affronte un nouvel ennemi, le joker, qui tente de se mettre Gotham en poche en manipulant la pègre et en semant la zizanie dans la ville...



Le premier épisode de cette nouvelle saga de Batman avait déjà surpris par son ton personnel et singulier, laissant la porte ouverte à un deuxième épisode très attendu aux larges potentialités. Affirmons le immédiatement : Le chevalier noir est film de qualité. Un film âpre, dense, profond. Et, surtout, d’une rareté dans une production hollywoodienne de plus en plus en manque d’imagination. Rappelons tout de même que ce Batman est doté d’un budget de 180 millions de dollars, représente des enjeux commerciaux importants et, de surcroit, est prévu pour sortir durant la période estivale d’été. Le résultat en est véritablement impressionnant, et on se doit de se demander comment un blockbuster (et oui, c’est le bien le mot !) d’une telle "audace" ait pu voir le jour. Pourquoi est-il audacieux ? Tout simplement parce qu’il prend le parti d’une réflexion morale et politique au détriment du grand spectacle crétin. Mais le chevalier noir est encore plus que cela : un reflet métaphorique et critique sur l’Amérique contemporaine.

Mais il n’en est pas un reflet à la manière des autres films hollywoodiens, qui sont avant tout et uniquement des paraboles post-11 septembre ; l’image que Le chevalier noir véhicule détruit en quelque sorte ce cliché, car le film dépeint sa propre destruction, ce qui va contre l’idée reçue que les blockbusters soutiennent directement ou indirectement la « politique » actuelle de leur pays. Toutefois, le film ne manque pas à son devoir, il construit son échiquier comme le veut la tradition : allusions évidentes au terrorisme, à la « menace » chinoise etc. Cependant, Le chevalier noir ne cherche pas à valoriser ces idéaux et cette vision manichéenne du monde, il s’autodétruit au contraire, comme pour montrer que le mal est ailleurs, et que la vérité surgit toujours derrière les apparences, dans les endroits sombres de ce que nous connaissons si bien. Tel un ovni, le film brouille les cartes du film traditionnel : plus de véritables héros, mais que des situations, que des cris d’alarme, plus qu’une simple mécanique que Nolan cherche à filmer comme étant la seule et unique vérité, celle des êtres et de la société. Avec le Le dahlia noir, film qui lui est intimement proche, et ce Batman, le versant du cinéma hollywoodien "intelligent" nous a proposé sa vision du monde contemporain, aérienne et autodestructrice, qui ne cherche qu’à foncer contre vents et marées. Il va de soi que ces deux films sont les meilleurs produits du cinéma à grand spectacle, les meilleurs depuis longtemps. Et, par là, marque, sur les terres californiennes, le retour d’un cinéma térroriste qui fait exploser certaines frontières, aussi bien de pensées que de vérité.