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Ce que Carré (et Le Carré également !) disent du KGB, police secrète soviétique qui était chargée, notamment, de repérer les hommes qui deviendraient des politiques de premier plan, à court ou moyen terme, et de placer assez d’agents autour d’eux pour être certain de rester proches de ces futurs décisionnaires, pourrrait d’ailleurs s’appliquer à tous les services de tous les pays. Le cas échéant, l’allégeance des politiques aux maîtres du Jeu peut être tardive, se produire a posteriori, et se traduire par des gages donnés publiquement, quelquefois, du reste, ostensiblement, de façon puérile et même un peu gênante.

Le système kagébiste, stalinien, poutinien a ceci de particulier que le moyen habituellement employé pour terroriser la population (dans les pays autoritaires) ou pour manipuler l’opinion (dans les démocraties) se retourne, sans pudeur ni complexe et devient une fin en soi. Celui qui était censé aider des amis politiques déterminés à accéder au pouvoir ou à le conserver une fois en place prend ici toute son autonomie. Le rêve d’Iznogoud s’est réalisé puisque le vizir est devenu calife à la place du calife.

Ce en quoi le film de Carré est précieux (et très précis), c’est que, grâce aux témoignages recueillis ainsi qu’aux illustrations au moyen d’archives audiovisuelles très diverses, on se rend assez bien compte de la capacité de réaction de l’adepte des arts martiaux, du stratège émérite et de l’opportuniste Poutine aux situations les plus invraisemblables. Qui aurait pu prévoir la Chute du mur de Berlin ? Qui pouvait imaginer qu’un régime comme celui de l’URSS se désagrégerait aussi facilement après cet événement ? Le roi étant nu, c’est le faiseur de tsars qui prend sa place. L’URSS ne tenait que par la terreur qui soutenait le PC. La Grande Russie ne peut se (re)construire que par ce même moyen qui a fait ses preuves.

Le cinéma ou la propagande, de nos jours, c’est la télévision. On s’en assure donc le contrôle à tout prix. Ce qui mène le monde, de nos jours, c’est le pétrole. La Russie tient donc, avec cette richesse naturelle sur son territoire ou pas bien loin, un moyen d’agir sur l’économie mondiale et de redevenir une grande puissance – d’autant qu’elle a plus d’ogives nucléaires que tous les autres pays.

Malgré la liste des horreurs et des atrocités, en particulier le génocide modestement appelé la « Deuxième Guerre de Tchétchénie » (sans parler des coups portés à la Révolution orange en Ukraine ; il n’était pas encore question de la crise en Géorgie tactiquement déclenchée en pleins J.O. de Pékin), dont fait état le film, et ce, dès le prologue, le commentaire est mesuré et l’auteur donne également la parole à l’entourage de Poutine, en particulier à l’un de ses conseillers qui ne cache pas d’être ravi de tout ce qui arrive.