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SAISONS. WANDERUNGEN DURCH DAS HAVELLAND
de Pierre et Jean Villemin
Pae Bidhan JACOBS, Les Trois Lumières – Association des chercheurs en études cinématographiques, Université Paris I – Panthéon Sorbonne.


FORMES DE PENSEE

Vivre, créer

Faire fructifier le temps.
« Que fait-on pour les génies ? » s’écrie Abel Ferrara dans There is No Direction de Sarah Bertrand (2006), déplorant que des sommes considérables soient consacrées à la production d’un film, alors que lui n’aurait besoin que de 20000$ par an pour vivre et créer.
Capitaux, en effet, que les moyens et la manière dont on permettrait à des artistes de pouvoir se consacrer exclusivement à leurs recherches, hors de la contingence de devoir subvenir à leurs besoins.
En ce sens, les bourses de résidence d’un an du Conseil Général de la Moselle dans le cadre de l’opération « Jeunes talents Mosellans à Berlin » créée en 2001 en relation avec le Land de Sarre, concernant tous les domaines de la recherche et de la création, constituent un geste fort en ces temps de paupérisation massive et systématique de la culture et de la connaissance en France. Opportunité que deux artistes radicaux de la vidéo d’aujourd’hui, le vidéaste Pierre Villemin et son frère Jean, artiste plasticien, ont su saisir. 18000€ : ce qu’espérait A. Ferrara.
Que de temps disponible, que de liberté, que de possibilités.

26 juin 2008, Musées de la Cour d’or, Metz

Je ne connais pas Theodor Fontane, je me demande en rentrant dans le Musée si cela me posera problème.
On me dit que je pourrai revenir pendant toute la durée de l’exposition jusqu’au 20 août avec mon invitation.
J’admire au passage une atmosphère de pierres, de voûtes et de lueurs médiévales au sein de laquelle sont nichées des pièces d’archéologie comme des cristaux de temps épars. Quelques pas plus loin, la blancheur lisse de l’exposition des frères Villemin sertie de quatre grands écrans plats illuminés d’images HD.
Je ne comprends pas les vidéos, la foule du vernissage me gêne, les frères Villemin m’amusent.
J’ai l’impression de voir des images vidéo pour la première fois, de découvrir le frémissement des feuilles des arbres, l’infini dans les gouttes d’eau, la somptuosité des lumières changeantes, la douce explosion des nuances des détails.
Je crois comprendre ce qu’ont ressenti les premiers spectateurs du cinématographe.
Je crois presque sentir le parfum des tilleuls.
Si l’on n’est pas déjà amoureux de Berlin et du Brandebourg, c’est le coup de foudre assuré.
Je commence à ressentir les échos des images et des textes en moi ricochant entre elles pour former une musique mouvante, mais on me sort dans la cour intérieure pour assister aux discours.
Je m’éclipse après les mondanités pour m’immerger à nouveau dans cet espace-temps mental et tenter d’y trouver une issue.
Je pénètre dans l’auditorium où la dernière vidéo est projetée, Les Saisons, Wanderungen durch das Havelland.
Je suis seul, c’est formidable.