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Cette pratique douteuse du deux en un consistant à faire un patchwork entre les images d’un film, avec d’autres tournées plus récemment, pour aboutir à un unique métrage, n’a jamais rien donné de bon. Le hongkongais Godfrey Ho est passé maître en la matière, en mélangeant de façon fort indigeste des séquences asiatiques et américaines dans une tripotée de films d’arts martiaux, dont Challenge of the Ninja (1986) n’est pas le moindre ! Alain Deruelle tente de donner un semblant de cohérence à Les Gardiennes du pénitencier, mais sans trop se forcer. Le montage est chaotique, les scènes tournées en 75 et celles datant de 79 s’imbriquent maladroitement, tandis que les cadrages s’avèrent approximatifs. Deruelle nous gratifie même d’un inexplicable gros plan sur la braguette d’un gardien ! De mauvais raccords viennent parachever la déblacle. A titre d’exemple, ressort le passage montrant Roger Darton baissant de force la tête de Pamela Stanford, dont la blouse est ouverte. Hop ! Le plan d’après, elle relève la tête, tandis que sa blouse est fermée ! Une fermeture éclair, en quelque sorte…

Le personnage tout en nuance de dominatrice à cravache et monocle, alliant élégamment veste militaire et slip foncé, interprété par Monica Swinn, devait certainement avoir une présence conséquente dans Frauengefängnis, mais il est réduit à faire de la figuration dans Les Gardiennes du pénitencier. Le temps de présence de Lina Romay, en prisonnière cherchant à s’évader, est lui aussi fortement écourté dans la « version Deruelle ». Mais si l’on peut déplorer le charcutage de Frauengefängnis, cela ne signifie par pour autant qu’il s’agisse d’un chef d’œuvre. Un extrait placé dans Les Gardiennes du pénitencier laisse songeur, lorsque l’on voit un flash-back montrant Jesus Franco (en oncle Jess) et Lina Romay (en nièce effarouchée par les ardeurs de son oncle), simulant tous deux le ralenti de leurs mouvements, dans une pantomime des plus grotesques !
En vérité, le long-métrage d’Alain Deruelle ne retient l’attention que par la prestation hors norme de Pamela Stanford, en délatrice nymphomane du pénitencier. D’un teint chlorotique, dotée d’une voix de crécelle, douée d’une manière inimitable d’ouvrir sa blouse d’un geste sec, elle est fascinante !

Les Gardiennes du pénitencier arrive presque à surprendre, en basculant vers la fin dans la parodie volontaire pendant quelques minutes ; comme si Alain Deruelle conscient de sa tâche peu gratifiante, optait pour la dérision. Pamela Stanford se met à courir comme une hystérique pour rattraper Lola (Nadine Pascal) qui tente de s’échapper de la prison, au son d’une musique enjouée. Elles se battent sur la plage sous le regard d’un gardien goguenard (celui dont on avait vu un gros plan de la braguette, souvenez-vous). Puis finalement il les rappelle à l’ordre en hurlant « alors, c’est bientôt fini vos conneries ! » Fin de l’intermède parodique. Suivra ensuite l’évasion de Lina Romay tirée de Frauengefängnis, pour conclure par une scène signée Deruelle : l’élimination du gouverneur par un tueur moustachu ressemblant au jardinier Michel Lys. Le film Les Gardiennes du pénitencier aura une distribution tardive, puisqu’il sortira en France en juin 1986. Il a sans doute été relégué sur les étagères d’Eurociné en raison de sa nullité confondante. Mais ô consécration, non seulement son DVD est maintenant disponible en France grâce à Artus Films, mais un éditeur allemand l’a sorti dans son pays sous le titre Women behind bars : Frauengefängnis 2, en ne créditant que Jesus Franco à la réalisation !