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Hellboy représente, au sein du monde, un trou, du néant en quelque sorte ; il est créateur de néant, toujours à la fois dans le monde et en dehors, planant dans sa propre dimension. Il rappelle ces héros mythiques qui peuplaient la Grèce antique, et même leurs dieux : qu’est donc Hellboy si ce n’est un dieu échoué sur terre ? Une sorte d’Hadès, mais épris, corrompu par la vie humaine. La vie des dieux ne ressemble en aucun point à celle des hommes, et, du fait que son corps baigne dans le cosmos humain, Hellboy en assimile les lois pour les faire sienne. Ce qui explique la constante fragilité de notre diable -qui pour rappel ignore en quelque sorte sa présence sur terre- et sa volonté d’être comme les autres (il ne cherche pas à se cacher). Il se repose ici les questions fondamentales de l’art classique : qu’est-ce ce que la destinée et ma place au sein de celle-ci ? Comment gérer une "supériorité ontologique" ? Comment unifier les deux cercles de la nature et de la culture ? Ces questions fondamentales traversent les deux volets de Hellboy, et les rapprochent presque, pardonnez moi l’expression, de ce qu’on nomme traditionnellement le classique en art.

Toute l’oeuvre de Del Toro ne cherche peut-être, en réalité, qu’à réactiver les valeurs et les questions de l’art classique dans une forme personnelle et résolument imaginaire. Le fait que cela soit de l’imaginaire pur choque-t-il ? Je ne le pense pas. Quelle différence existe-t-il entre l’imaginaire grec et l’imaginaire de Del Toro en termes de statut, d’existence ? Ce sont deux formes d’imaginaire différentes, posant, à leur manière, des questions voisines. Car ces deux premiers volets de Hellboy ne sont pas vulgaires. Au contraire, ils se développent dans leur propre système de croyance et s’en revendiquent. Del Toro respecte son univers, c’est pour lui un laboratoire d’expérimentation où se mêlent à la fois les problématiques classiques, mais également, et surtout, des éléments personnels. Cette croyance fondamentale, ce refus de la distance, fait de l’imaginaire de Del Toro un imaginaire d’auteur, pareil à celui d’un Minnelli. Quels cinéastes de "films à gros budget", et "tout public", pourraient revendiquer pareille louange ? Qui, hormis Cameron, Scott et Spielberg ?

Del Toro est peut-être en train de devenir ce cinéaste tant désiré aussi bien par les fans que par le public non averti. Son "art" commence à prendre forme. En quoi consisterait-il ? A une savante maîtrise de l’épuration et de la digression. Ces deux épisodes sont en effet réduits à une histoire minimale, généralement linéaire et fortement basique (il suffit de voir celle d’Hellboy II, d’une maigreur rarement atteinte). Del Toro préfère d’incessantes digressions et des jeux de signes (de signifiants), permettant à l’ensemble d’atteindre une autonomie de vie. C’est sa grande force : donner à voir beaucoup à partir de presque rien. Parfois, cela fait penser à certains dispositifs de la nouvelle vague, ceux qui centrent l’action sur le personnage et son quotidien. Geste minimaliste, relevant de l’épuration. Les deux films sont taillés comme des diamants.